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« Collision en plein air au-dessus d’Ambly-Hargimont ? »

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« Ambly. Un petit cimetière avec huit tombes britanniques, des jeunes aviateurs qui moururent tous le 6 janvier 1945. Qui étaient-ils? Que s’est-il passé ce jour à Ambly? … »            

Dans la nuit du samedi 6 au dimanche 7 janvier 1945, le Bomber Command de la RAF, enverra 482 avions (dont 468 bombardiers lourds du type Halifax et Lancaster, et 14 Mosquito) aller bombarder les réseaux de chemin de fer à Hanau. Le but fut touché mais un bon nombre de bombes tombèrent dans le centre du village et dans les champs avoisinants. 147 autres bombardiers lourds (des Lancaster) ont attaqué les nœuds ferroviaires à Neuss. Là aussi, l’objectif fut atteint, mais la plupart des explosifs tombèrent dans les zones urbaines et le rapport allemand évoqua 1749 maisons, 19 bâtiments industriels, et 20 édifices publics détruits ou gravement endommagés.          

L’armada de bombardiers fut appuyée par 26 Mosquitos qui prenaient Kassel et Castrop-Rauxel comme cible dans un “spoof raid”, et aussi par des avions perturbateurs des réseaux allemands de communications (des « RCM sorties »: Radio-Counter-Measures), par 32 Mosquito patrouillant le secteur, et par 49 Lancaster déposant des mines devant les ports baltiques.           

L’effort britannique de ce 6 janvier 1945 totalisait 788 sorties, et leurs pertes atteignaient 1,4 % ou 11 bombardiers (5 Lancaster et 6 Halifax). Deux de ces Halifax abattus étaient des vols RCM, perturbateurs de réseaux donc, et ce sont justement ceux-là qui nous intéressent.              

Mais avant tout un petit mot d’explication sur les « RCM » et « Spoof » sorties. Ceci n’est rien d’autre que la guerre électronique: Elle joua un rôle vital dans la guerre aérienne. Les Allemands avaient développé leurs systèmes de radar « Freya et Würzburg » qui balayaient tout leur territoire ouest et qui coopéraient avec les projecteurs, les systèmes d’artillerie anti-aérienne, et les chasseurs intercepteurs de nuit.

Les Britanniques avaient leurs systèmes « Mandrel, Carpet, et Shiver »: des moyens de transmission ultra secrets aéroportés qui brouillaient les systèmes électroniques allemands. Les Britanniques avaient aussi leur «Window ». Ceci fut le nom donné aux nuages de bandelettes de papier aluminium largués dans le but de leurrer les radars allemands qui confondait ce nuage avec une flottille de bombardiers.

En novembre 1943, la RAF créa son 100 Bomber Support Group, une unité qui avait la responsabilité de toutes les opérations de perturbation et de contre-mesures électroniques. Cette unité comptait une centaine d’avions (B-17, B-24, Halifax, Stirling, Beaufighter et Mosquito) qui étaient intégrés dans les formations de bombardiers, ou qui semaient la confusion en simulant des formations fantôme. Le 171 Squadron fut un de ses dix escadrons. Nous revenons toute de suite à ce 171 Squadron. Il est estimé que sans ces contre-mesures électroniques les Alliés auraient pu perdre 1000 bombardiers et 7000 hommes supplémentaires dans leur offensive aérienne!

L’as des as de la chasse allemande, le Général Adolf Galland, déclara: “La combinaison des opérations Pathfinder (ce sont des avions Mosquito qui  précèdent les formations de bombardiers et qui cherchent et marquent l’objectif avec des incendiaires), les activités du No. 100 Group.

L’avantage technique qu’avaient les Anglais, point de vue radar, systèmes de brouillage et “WINDOW » combinés au raffinement de leur tactique offensive, leur discipline et leur bravoure, furent remarquables. Nous rencontrions d’énormes difficultés à défendre notre territoire allemand dans l’air ».        

Le Squadron 171 fut créé en septembre 1944 et il rejoignit le No.100 Group. Son rôle principal fut le largage des "Window" pour leurrer le radar allemand. Sa base fut en Angleterre à North Creake jusqu’en juillet 1945. Il vola avec des quadrimoteurs lourds, initialement des Shorts Stirling, puis des Handley Page Halifax B Mk III à partir de novembre 1944.             

Dans la soirée du 6 janvier 1945, un des bombardiers du 171 Squadron en mission « RCM », le Halifax NA687 GY-N, est tombé quelque 2 Km au nord d’Ambly, sur la hauteur près du lieu-dit « Bois de la Mouchonnière ». Le bombardier entraîna ses huit membres d’équipage dans la mort. Ils sont enterrés au cimetière communal d’Ambly où ils reposent toujours. Il s’agit du Flight Lieutenant G. Cox (pilote, 23 ans), Sgt S. R. Fenwick (ingénieur de bord, 20 ans), Flight Officer R. Maden (navigateur, âge inconnu), Warrent Officer A. C. Cheese (bombardier, 23 ans), Sgt A. E. Meekings (opérateur-radio et mitrailleur, 20 ans), Warrant Officer F. E. T. Davy (opérateur-radio spécialiste de brouillage électronique et mitrailleur, 23 ans), Warrant Officer C. D. Mison (un Canadien, 23 ans, mitrailleur), et Sgt C. D. C. Farlie (mitrailleur, 23 ans). Selon la RAF, la vraie cause de l’accident ne fut jamais établie.        

Mais … lors de sa mission, le 100 Bomb Support Group perdirent un deuxième bombardier Halifax « RCM ». En cause le MZ469 (Z5-N) du 462 Squadron. Il décolla de sa base de Foulsham à 16.20 hr et avait comme mission de larguer sa cargaison de bandelettes de papier aluminium. Sgt Dough H. Laurence, l’opérateur-radio, Australien, l’unique survivant, fut le seul à pouvoir raconter ce qui se passa réellement. Il déclara n’avoir observé ni chasseurs allemands ni tir anti-aérien ni projecteurs, mais que le bombardier prit un terrible choc et qu’il s’évanouit. Il reprit conscience et observa un gros trou où le navigateur et le bombardier avaient leur poste. Ils avaient disparu ! Un autre trou était visible dans le flanc devant les moteurs droits. Lui-même eut tout juste le temps de boucler son parachute lorsqu’il fut éjecté de l’avion hors contrôle. Il ne se souvenait plus exactement de ce qui se passa, mais il observa la coupole blanche de son parachute ouvert contre le ciel noir, et murmura « Mon Dieu, merci ! ». Il vit le bombardier s’écraser et n’observa aucun autre parachute.

 Immédiatement après l’atterrissage il enterra son parachute dans la neige épaisse et se dirigea vers l’est. La nuit fut glaciale. Après avoir échappé de toute justesse à une patrouille allemande il tomba quelques minutes plus tard sur une sentinelle allemande. Il fut déporté vers Munich et enfermé jusqu’à la fin des hostilités.           

Le Halifax MZ469 a tenté un atterrissage de fortune qui a mal tourné et il s’est écrasé au lieu-dit «L’Epine », près de l’endroit appelé «Mouchtaviet ». Il était 17.30 hr. On atteint « L’Epine » en prenant le chemin de Hargimont vers Ambly. A 1,5 Km au sud de Hargimont on emprunte un chemin de terre vers la gauche qui mène dans les champs. Il faut parcourir 400 mètres. L’avion tomba à quelque 200 mètres sur la gauche. Les débris sont restés plusieurs mois sur les champs de la ferme Lesceux, et on pouvait observer des enfants jouant dans la carlingue pourtant sérieusement abîmée. (Nous en reparlerons dans un autre article)

Les membres de l'équipage qui périrent avec leur avion sont P/O Mervin. W. Rohrlach (pilote, Australien, 26 ans), Sgt Joseph. D. Beardsmore (ingénieur de bord, 21 ans), Sgt John. S. Sanderson (navigateur, 22 ans), Sgt Norman. S. Scott (bombardier, 21 ans), Sgt Lesly. G. M. Mannell (Australien, 31 ans), Sgt Vivian. C. Topham (mitrailleur, 19 ans), et Sgt Eric. G. Baker (mitrailleur, 19 ans). Ils sont enterrés au cimetière militaire britannique de Hotton à la parcelle 6 - B 1 à 7. Les épitaphes indiquent le 7 janvier comme jour décès ; mais en réalité c’était le samedi 6 janvier dans la soirée. C’était seulement leur 3ème mission ! Le dossier du Sgt Manell contient une lettre du frère de Sgt Sanderson qui a visité le site du crash en ‘45, et dont les écrits sont remarquables: 

Selon les déclarations de fermiers et témoins oculaires du crash qu’il a côtoyés, deux moteurs auraient été hors d’usage et l’avion percuta le sol dans une haie entre deux champs de maïs. Sanderson dit aussi que lors de sa visite des lieux, plusieurs fractions de l’épave ainsi que des bandelettes de papier aluminium se trouvaient toujours sur l’endroit de l’impact. Il déclare aussi que quatre membres de l’équipage n’avaient (à ce moment-là) pas de nom sur leur sépulture individuelle car non identifiable, et que le Sgt Scott et son frère (Sgt Sanderson donc) furent retrouvés dans une forêt à une certaine distance des débris du bombardier. Il déclare avoir rencontré l’homme qui découvrit les corps le dimanche au matin.  C’est d’ailleurs l’abbé Gérard Marlaire, 23 ans en 45 et originaire de Hargimont, ancien curé de Marloie, qui à découvert et identifié quatre corps autour les débris de l’avion, et puis deux jours plus tard, encore deux à quelques centaines de mètres de là, et presque ensevelis sous la neige. Les Alliés lui ont interdit d’enlever ou d’enterrer ces deux dépouilles car on soupçonnait les Allemands qui se battaient en retraite de les avoir piégés. Les corps sont restés sur place jusqu’au dégel avant leur enterrement!...          

La section de recherche opérationnelle du Bomber Command mentionne comme cause du crash du Halifax MZ469: “Inconnu – probablement une collision avec le Halifax NA687". Les équipages des autres avions par contre déclaraient ne pas avoir vu une collision entre deux bombardiers, mais bien d’avoir observé des tirs venant de chasseurs allemands au-dessus de Hargimont/Ambly entre 18.35 et 18.40 hr.     

Les Allemands de leur côté réclament cinq bombardiers abattus: Un Lancaster à 19.21 hr au-dessus de Helsingör (Danemark), un Halifax au-dessus du Danziger Bucht (Mer Baltique) à 21.12 hr, et trois Halifax descendus par Major Paul Semrau, commandant du NJG-2, sans mentionner ni heure ni endroit, malheureusement.

La cause de l’accident ne fut jamais établie avec certitude. Tirs anti-aériens? Personne n’en a observé à cet endroit. Descendus par un chasseur allemand? L’éventualité ne peut pas l’exclue, mais deux bombardiers qui tombent au même moment et presque au même endroit serait tout de même assez exceptionnel. Les Halifax MZ469 et NA687, se sont-ils heurtés en plein air? Mais aucun autre équipage n’a signalé une collision. Alors, le saura-t-on un jour ce qui se passa réellement? »

Van Rik Verhelle.

Sources :

http://www.luchtvaarterfgoed.be/content/graven-halifax-na687-171-sqn

Merci à Stéphane Hérin, de Saint-Hubert, pour ces informations.

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