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Des financements alternatifs pour sauver les arbres du verger d’Ambly

Photo "Le Soir"
Photo "Le Soir"

Le gel n’a pas eu raison de leur motivation. Dès potron-minet, ils sont une dizaine de bénévoles à se retrousser les manches pour entretenir le verger d’Ambly. Sur les hauteurs de la gare de Jemelle-Rochefort, ce petit havre de paix d’un peu moins de 25 ares est encerclé de terres agricoles à la production intensive. C’est pour le sauver de cet étau et en faire un refuge pour la biodiversité locale que les anciens propriétaires en ont fait don à Natagora.

Depuis 2010, le verger d’Ambly est une réserve naturelle. Sa gestion, comme celle de 16 autres réserves naturelles des environs, repose exclusivement sur les épaules des bénévoles actifs au sein de la régionale Famenne. Sur ses 404 membres, tous ne prêtent pas main-forte lors des chantiers d’entretien. En réalité, ils sont une poignée à chausser les bottes durant leur temps libre. Et souvent, ils sont actifs de longue date.

Cela fait pas moins de 33 ans que Robert Vanhamme grimpe sur des échelles pour installer des nichoirs et s’arme de cisailles pour entretenir les réserves naturelles de sa région. « Si je m’investis de la sorte, outre le fait de faire de l’exercice, c’est pour tenter de pérenniser la biodiversité qui existe encore ici, dans notre région. Suite au remembrement dès 1977, à l’arrachage d’arbres et de haies, au drainage de prairies, la biodiversité a pris un gros coup. Dès cette époque-là, les espèces ont commencé à décliner. Je pense aux générations futures. Je dis souvent à mon épouse que je ne voudrais pas être à la place de nos petits-enfants ; car au rythme où la biodiversité s’éteint, ils n’auront plus qu’un désert. C’est très triste, et on essaie de parer un peu à la problématique. »

C’est à petite échelle, certes, mais les efforts des bénévoles semblent porter leurs fruits. « Depuis que l’on s’occupe du verger d’Ambly, soit depuis 8 ans, le milieu s’enrichit. Ça fait plaisir à voir, explique Marie-Françoise Romain, active sur les chantiers de gestion depuis 30 ans. Lorsqu’il reste quelques souches, et qu’on laisse sa place à la nature, la vie repart ! Je vois les réserves naturelles comme des reliquats de nature qui pourront essaimer lorsque les humains auront enfin pris conscience de son importance. »

Comme chaque année à la même période, le verger d’Ambly reçoit sa coupe d’hiver des mains des bénévoles. Les haies sont taillées pour éviter qu’elles n’envahissent les jeunes fruitiers tout proches. Les arbres tombés sont débités partiellement. Les rondins rapidement empilés forment un abri pour les hérissons et bien d’autres animaux.

Les mésanges charbonnières et bleues, les sittelles torche-pot et autres grimpereaux trouveront un refuge de choix dans l’un des quatre nouveaux nichoirs désormais attachés aux vieux arbres fruitiers.

L’équipe est dynamique. Tombé sous le charme de la région, Herman Vanden Broucke n’hésite pas à venir de Kampenhout pour travailler plusieurs jours par mois aux projets de la régionale Famenne. Quant à Rémy Lepère, il est de loin le plus jeune des bénévoles. Du haut de ses 25 ans, il tronçonne les branches d’un pommier mort. Le tronc sera laissé sur pied, pour le plus grand bonheur des oiseaux cavernicoles et des insectes xylophages.

Avant la naissance de son enfant, il participait jusqu’à cinq chantiers par an. Depuis, il a un peu levé le pied. Qu’est-ce qui le pousse à se retrousser ainsi les manches durant tout un samedi ? « Je suis amoureux de la nature et j’aime contribuer à ce qu’elle perdure ! », explique celui qui fut, durant quatre années, berger en Haute-Savoie.

À quelques mètres, à travers la clôture, Kaya, sa chienne border collie, veille du regard sur les quatre béliers du verger. Brouteurs invétérés, ils forment l’équipe permanente d’entretien de la prairie, à l’exception des périodes de grand froid qu’ils passeront à l’étable. Ce sont des roux ardennais, une race rustique qu’élève en bio Christian Mulders, un villageois d’Ambly. Ce dernier fait régulièrement pâturer ses moutons bien de chez nous dans les réserves naturelles.

Financement alternatif pour sauver les arbres plantés dans les années 30, les fruitiers du verger d’Ambly, centenaires, sont en fin de vie. À chaque fois que l’un tombe, un jeune haute tige est planté. Les bénévoles veillent à ce que le nouveau venu appartienne à une variété ancienne de notre terroir certifiée par le Centre wallon de recherches agronomiques (CRA-W) de Gembloux.

Les premiers travaux dans le verger remontent à 2010. Cette année-là, les bénévoles ont planté 8 de ces jeunes fruitiers. Acheter des arbres, cela coûte cher. Or, hormis une faible rétrocession de l’association centrale pour chaque nouvel adhérent (ce qui représente à peine quelques centaines d’euros par an), les régionales de Natagora ne perçoivent aucun subside ni autre aide financière.

Autrement dit, les bénévoles doivent se débrouiller pour trouver de l’argent afin de payer leurs chantiers de conservation. « Il y a quelques années, on a lancé l’opération “un verger pour l’avenir”. Il s’agissait de parrainer un arbre à hauteur de 25 euros. Plus de 110 parrains ont répondu à l’appel. C’est grâce à eux que nous avons pu replanter le verger d’Ambly et d’autres situés à Rochefort, toujours avec des hautes tiges et des anciennes variétés », explique Robert Vanhamme.

Il fut pendant 15 ans président de la régionale Famenne avant de céder récemment le flambeau à Pascal Woillard.

Membre depuis 2010, on doit à ce dernier une autre brillante idée de financement alternatif. Il s’agit de commercialiser le vin artisanal de fleurs et de fruits que certains bénévoles prennent plaisir à concocter. Le spiritueux issu de la toute première récolte de cerises du verger d’Ambly sera ainsi mis en vente au printemps prochain. « On a besoin de sous pour pérenniser la biodiversité », insistent les bénévoles de façon unanime.

Un article du journal "Le Soir" 

Commentaires

  • Oh que cela fait plaisir à lire.
    Voilà un article bien dans l'ère du temps et du futur.
    Merci!

  • Un petit havre de biodiversité où se concentre la vie ! magnifique ! merci à tous ces bénévoles. Et si vous relanciez une opération "parrainage" ? il y aura bien quelques motivés pour y répondre. Sans tous ces bénévoles conscients de la disparition des espèces et sans les associations qu'ils soutiennent, c'est vrai que ce serait vite un désert. Les détenteurs de jardins, de vergers, de petits terrains devraient y penser et laisser des zones de biodiversité. C'est bien plus riche et agréable qu'un gazon anglais.

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