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Compte-rendu de la visite d’Eric Domb (Nassonia) devant la commission agriculture-tourisme du Parlement Wallon

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Vous trouverez ci-après le compte-rendu de la visite d’Eric Domb devant la commission agriculture-tourisme du Parlement Wallon du 21 novembre 2016.

C’est assez long, mais, si vous ne devez lire qu’une chose à propos de Nassonia, c’est celle-là.

Un petit encart avant de vous proposer le texte, on y parle à plusieurs reprises de la somme que la Pairi Daiza Foundation donnerait annuellement à la commune de Nassogne.

D’après les infos que j’ai eues, sur base des chiffres reçus de l’administration communale de Nassogne lors de leur première réunion, la Foundation proposait 400 000 euros annuels.

À présent, la Commune estime que ce n’est pas assez.

Toujours d’après les chiffres que j’ai eus (s’il y a erreur, ce serait sympa de me corriger) la partie « Nassonia » a rapporté en 2016, pour la vente de bois « marchand », 145 522 euros (199 787 en 2015, 185 400 en 2014 et 158 411 en 2013). Cliquez ici pour voir le décompte exact.

La vente de bois aux particuliers n’a pas encore eu lieu, estimons-là à 25 000 euros. Quant à la location de chasse, elle est particulièrement basse cette année, n’en tenons pas compte. Mettons alors (un échevin d’une commune voisine et un agent de la DNF trouvent ce chiffre honnête) 70 euros de l’ha. Nassonia fait environ 1500 ha donc 1500x70= 105 000.

Donc la partie de la forêt « Nassonia » a rapporté en 2 016 145 500 +  25 000 +  105 000 soit 275 500 euros, bien moins que les 400 000 proposés par la Pairi Daiza Foundation. Et de cela, je ne décompte pas le salaire des deux ouvriers qui travaillent à temps plein dans (toute) la forêt, donc pas rien que dans la partie Nassonia.

Voilà, maintenant, il faut attendre les estimations officielles demandées par la commune et pour lesquelles, il faut bien avouer que la DNF ne se presse pas.

Ceci dit, retrouvez ci-dessous le compte-rendu :

 

AUDITIONS

LE PROJET NASSONIA

Mme la Présidente. - L'ordre du jour appelle les auditions sur le projet Nassonia.

Nous avons l’honneur de recevoir M. Domb pour son audition sur le projet Nassonia. Il est vrai que nous avons régulièrement des questions. Je trouve intéressant de pouvoir vous inviter, afin que vous puissiez répondre directement à l’ensemble des parlementaires.

Désignation d'un rapporteur

Mme la Présidente. - Nous devons désigner un rapporteur. Quelqu'un a-t-il une suggestion à faire ?

La parole est à M. Desquesnes.

Mr Desquesnes (cdH). - Je propose Mme Moinnet.

Mme la Présidente. - Mme Moinnet est désignée en qualité de rapporteuse à l'unanimité des  membres.

 

Audition de M. Domb, Président de la Pairi Daiza Foundation

Mme la Présidente. - La parole est à M. Domb. Vous allez recevoir un document qui a été remis par M. Domb.

Mr Domb, Président de la Pairi Daiza Foundation. -

Merci beaucoup. Mesdames, Messieurs, c’est un honneur pour moi de me trouver, pour la première fois de ma vie, au Parlement de notre belle Région. Avant d’entrer dans le cadre du projet Nassonia qui nous anime, mes amis et moi, depuis plusieurs mois, je voudrais commencer par quelques considérations personnelles. Ce sont en fait les considérations personnelles qui font que l’on est motivé à faire quelque chose. Comme vous ne me connaissez pas beaucoup, il est important que vous compreniez pourquoi nous sommes, mes amis de Pairi Daiza, et bien en dehors de mon entreprise, passionnés par ce projet. J’ai commencé mon audition en disant que c’était un honneur pour moi d’être invité au Parlement wallon. Je suis en réalité un petit-fils de réfugiés. Mes grands-parents maternels et paternels sont arrivés en Belgique dans les années 20 et 30. Vous pouvez vous demander quel est le rapport avec Nassonia. En fait, ce rapport est assez évident. Mes grands-parents ont été accueillis par les autorités administratives belges à un moment où leur sécurité n’était plus garantie dans leur pays d’origine.

J’ai vécu dans cette situation de reconnaissance par rapport à notre pays et je suis né en 1960, j’ai fait des études sans grand intérêt. Et puis, à l’âge de 32 ans, j’ai découvert un magnifique endroit que vous connaissez peut-être, une ancienne abbaye cistercienne, située dans la région, qui a beaucoup de charme, mais qui n’est pas nécessairement la région la plus touristique de notre pays, entre Mons et Ath. J’ai alors vraiment pu me réaliser en créant un jardin, qui était d’abord un jardin ornithologique et qui s’est ensuite, avec les années, de plus en plus développé pour devenir, semble-t-il, la première destination touristique de notre pays.

Je suis aujourd’hui un homme comblé. J’ai eu beaucoup de chance de trouver cet endroit et de pouvoir réunir autour de moi des personnes talentueuses, en grande partie plus intelligentes et plus expertes que moi dans tous les domaines qui, vous l’imaginez, concernent le développement d’un parc touristique. Tout le monde n’a pas forcément envie d’être entrepreneur. C’est comme cela que cette aventure personnelle, qui est devenue une aventure collective, a pu se développer.

Aujourd’hui, provisoirement, je suis à l’abri du besoin. J’ai évidemment encore bon nombre de projets pour développer notre jardin qui a, finalement, pour objectif de permettre, à toutes celles et tous ceux qui n’ont pas ma chance, de voyager aux quatre coins du monde, de voir des endroits absolument extraordinaires, de voyager et d’être dans leur lit le soir même de leur visite.

Au cours de ces 23 années d’activités à Pairi Daiza, j’ai pu savoir d'abord qui j’étais. Ce n’était pas nécessairement un constat très agréable à faire. Mais j’ai aussi constaté que j’avais peut-être une aptitude, c’était de pouvoir réunir autour de la table des personnes qui ont des vérités tout à fait différentes.

En effet, dans un parc comme le mien, vous avez des  soigneurs, des personnes qui sont passionnées par les animaux et qui considèrent que chaque visiteur est un ennemi potentiel, un facteur de risque. Ensuite, vous avez les responsables marketing et financiers qui sont, là, pour rappeler que, quand même, à la fin du mois, il faut payer les collaborateurs, qu'il faut mettre de l’argent de côté pour payer les banquiers, et cetera.

Je crois que c’est caractéristique d’un jardin zoologique, de réunir de telles contradictions – peut-être dans un Parlement – entre des personnes qui détiennent, chacune d’entre elles, une partie de la vérité mais qui ont beaucoup de difficultés à accepter que l’équilibre et l’harmonie impliquent d’autres regards, d’autres expériences, d’autres convictions.

Au cours de ces 23 années, j’ai développé cette capacité à faire fonctionner des ennemis ensemble, autour d’un projet qui doit se situer à l’équilibre du court terme et du long terme, des intérêts économiques et de la conservation de la nature.

Je ne vous parle plus pour l’instant de l’entreprise Pairi Daiza. J’en viens, finalement, à la motivation profonde qui m’a animé quand j’ai voulu créer un des projets de la Foundation Pairi Daiza. Nous avons créé une fondation d’utilité publique – la Pairi Daiza Foundation – qui poursuit plusieurs objectifs liés à la nature et à sa conservation.

Lorsque vos besoins primaires sont satisfaits, qu’en plus vous avez été gâtés par l’existence, que vous avez des amis, que vous pouvez vous considérer comme relativement heureux, vous ressentez naturellement le besoin de vous rendre utile. Dans certains pays, c’est même enseigné à l’école. Prenons l’exemple de Taiwan. À Taiwan, plus de 50 % de la population consacre, pendant son activité professionnelle, toute une partie de son temps à participer à des projets d’utilité publique. Il y a en réalité plusieurs gradations possibles, lorsque l’on veut se rendre utile à la collectivité. Il y a le niveau zéro où vous ne faites rien pour les autres, qui est relativement rare. Ensuite, il y a le niveau un, où l'on met un peu ou beaucoup d’argent, suivant ses convictions sur le compte d’associations qui poursuivent des objectifs qui nous sont chers. L’étape suivante, c’est lorsqu’on transpire ; on accepte, non pas seulement, de mettre de l’argent sur le compte d’une ASBL mais également de se mouiller pour un projet particulier. Ce sont des choses que nous faisons, comme vous, bien entendu, dans le cadre de notre activité privée. Et puis, il y a un troisième niveau qui est, je trouve, peu exploité. C’est de mettre à disposition de la collectivité, non seulement votre passion, votre envie d’aider et de participer à quelque chose qui vous dépasse, c’est le fait de mettre à disposition d’un projet votre expérience professionnelle.

Lorsque nous vendons des tickets Post-it pour Cap 48, ce qui nous différencie, c’est peut-être que certains ont plus de tchatche que d’autres. Mais ce ne sont pas nécessairement leurs attitudes ou leur expérience professionnelle qui jouent un rôle.

De mon côté, cela fait des années que je me dis que ce serait dommage de ne pas consacrer le temps et les moyens que je peux mettre à disposition d’un projet qui me dépasse, dans un domaine qui m’intéresse, qui est celui de de la conservation de la nature en me privant de mon expérience professionnelle.

Depuis un certain temps, nous souhaitions travailler à un projet lié à la conservation de la nature mais pas dans les pays où traditionnellement les jardins zoologiques sont actifs ; la plupart des parcs animaliers participent à des projets souvent de façon très passive dans les pays d'origine des animaux qui sont présents chez eux et qui attirent le plus de monde.

Or la nature, vous le savez bien, commence au seuil de notre porte. Nous nous sommes dit, depuis longtemps, qu'il fallait peut-être commencer par s'intéresser à notre propre Région qui dispose d'un patrimoine naturel tout à fait extraordinaire.

Nous avons la faiblesse de penser, mes amis et moi, que le potentiel de rayonnement de la forêt wallonne n'est peut être pas, et je le dis avec beaucoup de prudence, suffisamment exploité. J'ai un peu l'impression, en tant que profane, que les principaux utilisateurs de la forêt publique sont principalement les forestiers et celles et ceux qui sont censés réguler le gibier dans la forêt.

Nous sommes convaincus qu'il doit être possible de réunir de l'intelligence collective pour permettre à la forêt, à certains morceaux de la forêt de rayonner davantage. C'est une conviction très forte que j'ai. Je ne sais pas où cela pourrait nous amener très concrètement mais j'ai la conviction que, si nous arrivons à réunir autour de la table des personnes très compétentes dans le domaine de la conservation de la nature, dans le domaine de la production durable forestière et dans le domaine du tourisme... Je m'empresse de dire que le tourisme auquel je pense n'est pas du tout le tourisme que je connais, c'est-à-dire le tourisme de masse. À Paira Daiza, sur une année, par exemple, il y a des centaines de milliers de touristes réunis dans un seul endroit où, en définitive, l'objectif est de gérer le territoire de la façon la plus parcimonieuse possible pour limiter les effets collatéraux d'un tourisme de masse.

La forêt wallonne, elle, permet en fait de développer une activité tout à fait différente, qui est une activité de loisirs diffuse et qui repose sur un grand nombre de petits opérateurs touristiques, restaurateurs, hôteliers, artisans des métiers de bouche, et cetera.

C'est comme cela que nous nous sommes mis à la recherche d'un morceau de forêt qui devrait être assez grand pour pouvoir réaliser, en modèle réel, sur le terrain, plusieurs objectifs différents. Bien sûr, je ne vous cache pas que l'objectif qui me passionne le plus n'est pas le tourisme, ce n'est pas la gestion forestière ni la chasse, ce qui personnellement me passionne le plus, c'est la conservation de la nature. Ce qui me motive dans un projet comme celui de Nassonia – mais je ne parle que pour moi et donc je viens avec ma vérité partielle qui est par définition, une vérité insuffisante – c'est de vouloir rechercher les moyens d'enrichir, de complexifier la faune et la flore présentes dans les forêts de notre Région.

À côté de cet objectif qui est plus un objectif de la fondation Pairi Daiza, il y a aussi une conviction profonde que je voudrais partager avec vous. J'ai eu le privilège de voyager dans plus de 60 pays différents et certains en profondeur, pendant des années, pour inspirer différents travaux que nous avons réalisés au parc. Je suis toujours heureux de partir – peut être un petit moins avec les années – et j'ai toujours plaisir à revenir en Wallonie. De tous ces voyages, je retiens la conviction très forte que sur le petit territoire de notre belle Région, il y a une concentration de paysages absolument extraordinaires – sur de très petites distances – un patrimoine architectural et culturel tout à fait extraordinaire qui permettrait à un grand nombre de personnes de pouvoir devenir leur propre employeur, de pouvoir participer à l'offre d'une activité touristique diffuse.

Regardez ce qu'il se passe à l'ouest de notre frontière, sur le flanc oriental du plus grand pays touristique au monde qu'est la France. Je ne pense pas que vous trouverez une telle concentration de patrimoine naturel et culturel que nous avons dans notre belle Région. Là c'est un peu l'économiste que je suis devenu par la force des choses qui se dit il y a aussi moyen de travailler, dans ce domaine, en réunissant autour de nous des gens qui partagent le même désir de faire rayonner la forêt en question.

Troisième élément qui paraît important, c'est la recherche scientifique sur le terrain. Vous le savez, au moins aussi bien que moi et pour certains d'entre vous beaucoup mieux, que la forêt wallonne va être confrontée, dans les décennies qui viennent, à un défi extrêmement impressionnant qui est celui du changement climatique.

L'essentiel des feuillus sont des hêtres et la capacité de résilience du hêtre, par rapport à la hausse de la température, est compromise. Réunir des scientifiques passionnés par l'écosystème forestier, planter un arboretum qui puisse être suivi sur plusieurs décennies – c'est une des difficultés du projet que j'aborde avec vous aujourd'hui – est certainement une activité intéressante à développer.

Enfin, la forêt est aussi une source d'inspiration très importante pour les périurbains que nous  sommes.

Je n'ai pas abordé le domaine de la chasse, non pas parce que je pense que l'on peut se passer de la chasse. La chasse est – là encore, j'exprime une opinion personnelle et donc ne vaut pas grand-chose – est pour moi un mal nécessaire. On peut avoir tous les avis que l'on veut sur la chasse, la régulation du gibier dans un milieu aussi déséquilibré que l'écosystème forestier périurbain, en Wallonie, exige en tout cas, à court ou à moyen terme, que l'on régule le gibier et singulièrement les sangliers et les boisés, comme on dit, autrement qu'en laissant faire la nature. La nécessité de réguler le gibier est donc absolument incontestable mais peut-être y a-t-il moyen, dans un projet comme celui-là, de se concentrer sur des méthodes de chasse qui présentent le moins de souffrance possible pour la faune présente dans ces différents milieux.

Enfin, last but not least, la filière bois n'est certainement pas l'aspect le moins important de la problématique forestière. Permettez-moi de vous informer ou de vous rappeler – j'ai été président de l'Union wallonne des entreprises et n'ai aucune raison d'en être fier – que j'ai pu être témoin de la situation économique de notre Région. La capacité de la forêt de pouvoir préserver et ensuite, pourquoi pas, de créer davantage d'emplois dans la transformation du bois est effectivement une préoccupation qui me concerne au premier plan.

Je ne suis pas un homme d'affaires, je n'ai pas acheté une entreprise pour la revendre plus tard. J'ai consacré toute ma vie à développer le parc Pairi Daiza. Ce qui veut dire que je suis vraiment avec toutes mes tripes, mon coeur, mon cerveau, enraciné en terre wallonne. Je ne peux donc pas ne pas faire attention à ce qui se passe autour de moi et aux défis économiques auxquels notre Région est confrontée, aujourd'hui.

En deux mots comme en cent, la forêt wallonne concentre, finalement, tous les enjeux, ou en tout cas un grand nombre d'enjeux essentiels, de notre collectivité. Nous avons effectivement, pendant un an et demi, cherché la forêt idéale qui nous permettrait de pouvoir réaliser le projet de coconstruction que représente Nassonia et, au début du mois de juin, nous avons appris qu'un territoire de 1 500 hectares, sur la Commune de Nassogne, était éventuellement disponible, parce que le bail de chasse était arrivé à son terme et n'avait pas été reconduit. Il nous a semblé, des contacts que nous avions eus avec M. le Bourgmestre de Nassogne, que la commune serait éventuellement disposée à consentir à une convention de bail avec une Fondation comme la nôtre.

Voilà le contexte dans lequel le projet Nassonia a vu le jour. C’est évidemment un projet qui présente beaucoup de difficultés. Me permettez-vous, avant de vous céder la parole et de tenter de répondre à vos questions, d’évoquer avec vous deux difficultés qui me paraissent très importantes ?

La première difficulté, c’est le temps. Le café du commerce, les employeurs, tous les membres de la société émettent des avis à l’emporte-pièce, sur les responsables politiques. Moi, je ne l’ai jamais fait. Je défie quiconque de trouver une interview où je me serais livré à ce plaisir collectif qui consiste à jouer les donneurs de leçons. Nous, dans le monde de l’entreprise, nous sommes confrontés exactement aux mêmes difficultés que vous, c’est-à-dire la tyrannie du court terme par rapport à des objectifs qui donnent sens à notre travail. La tension entre le court terme et le long terme, c’est certainement le genre de préoccupation que je partage avec vous.

C’est d'ailleurs une difficulté car, si vous voulez étudier la résilience de la forêt par rapport au changement climatique, si vous voulez engager sur de nombreuses années, l’enthousiasme et la motivation de personnes qui n’ont aucun espoir de retour sur investissement, de personnes qui ne veulent pas investir dans la forêt mais s'investir dans la forêt, il faut leur garantir le temps.

Vous pouvez très bien limiter le temps à des investisseurs. Leur objectif est simple, il s’agit d’un retour sur investissement. Par contre, lorsque des personnes veulent participer, toutes compétences confondues, à un projet qui va leur survivre, et ne souhaitent pas que tout ce qu’ils ont mis sur pied soit, littéralement, détricoté, à un moment donné, vous ne trouvez pas l’élan et l’énergie nécessaires pour monter un projet comme celui-là. L'une des caractéristiques essentielles est que, pour les partenaires auxquels nous avons fait appel, en aucun cas la forêt – directement ou indirectement – ne doit financier leur contribution.

Nous, par exemple, à la fondation Pairi Daiza, les moyens que nous mettrons à disposition, si la commune et la Région nous désignent... Il n’y a aucune raison, a priori, de désigner une fondation d'utilité privée, Paira Daiza, plutôt qu’un autre groupement. Je pense que l’opportunité de faire appel à l’initiative privée non lucrative, pour coconstruire des projets d’utilité publique, est un sujet intéressant. Nous n’en avons évidemment pas le monopole. Je crois, par contre, qu’à partir du moment où tous les partenaires d’un projet comme le nôtre ont l’obligation de financer leurs propres dépenses par leurs moyens spécifiques...

Prenons l’exemple des universités qui se sont portées volontaires pour accompagner la fondation Pairi Daiza, qu’il s’agisse de l’UCL, Gembloux, ou de l’Institut royal de Sciences naturelles, nous avons clairement indiqué que si, par exemple, des doctorants devaient faire leur thèse sur telle ou telle observation à faire dans le projet de Nassogne ou une autre, il fallait que le partenaire universitaire trouve, auprès de l’autorité compétente, auprès de différents pouvoirs subsidiants, les moyens qui leur permettront d’agir. Je pense que c’est une caractéristique très importante du projet qui ne pourra jamais être accusé de rechercher, pour l’un de ses membres, un intérêt matériel particulier. En réalité, l’écosystème que nous voulons mettre sur pied est un écosystème où, si activité économique il y a, elle devrait être générée par l’écosystème en question et permettre, à un certain nombre de porteurs de projet qui s’inscrivent dans l’esprit de Nassonia, de pouvoir y réaliser leur projet de vie.

Le problème du temps, c’est que nous n’avons pas l’habitude de nous engager dans la sphère publique ou la sphère privée sur le long terme. Pour qu'un projet de ce type qui nécessite, pendant des générations, un maintien de la passion, de l’enthousiasme, de l’envie de bien faire, il faut que les porteurs de ces projets aient une garantie que tout le travail des intéressés qui aura été réalisé ne puisse pas, d’un revers de la main, être renversé une majorité communale, à un moment donné. Une autre difficulté que je suis obligé de reconnaître est la suivante. En fait, cela fonctionne quand même relativement bien ou même très bien. L’administration wallonne, le DNF qui est chargé de gérer, pour le compte des communes, ces massifs forestiers sont, j’en suis convaincu, dans l’immense majorité, des gens extrêmement sages et prudents. Quand vous voyez la grande régularité de vente de bois, dans la plupart des communes, nous sentons bien qu’il y a un objectif « en bon père de famille », d’éviter que l’on accélère à un moment la vente de bois pour répondre à un objectif à court terme d'une commune propriétaire de la forêt. Or, si l’on se lance dans un projet comme Nassonia, l'on pourrait imaginer que la politique, que la gestion forestière déterminée, en concertation avec le DNF, se fasse sur une autre base.

Je vais vous donner un exemple très concret.

Imaginons que, sur une partie d’un massif forestier particulier, il y ait plusieurs hectares d’épicéas. Je n’ai rien contre les épicéas qui font partie, comme la sidérurgie, du sauvetage de la Wallonie, en tout cas de son développement économique. De plus, le petit naturaliste que je suis affirme, haut et fort, que les résineux peuvent jouer un rôle extrêmement utile pour la biodiversité. Je dis simplement que des gens qui connaissent la forêt mieux que moi savent qu’il y a des endroits où cela n’a pas de sens de garder un bois d’épicéas. On pourrait considérer qu’à certains endroits de la forêt, l'on accélère le déboisement de parcelles, parce que ce déboisement, dirais-je, a une valeur économique, limitée sur le long terme, et entre en contradiction avec le cadre qui a été accepté en Wallonie pour un certain nombre de nos forêts, à savoir le cadre du réseau Natura 2000. Ce qui veut dire qu’à ce moment-là, l’opérateur chargé de coconstruire, avec tous ses partenaires, le projet Nassonia doit pouvoir avoir la possibilité de mettre en réserve un montant qui sera sans doute plus élevé que le revenu annuel que reçoit la forêt d’habitude.

Vous l’aurez compris, ce que nous voulons démontrer, ce dont nous sommes tout à fait convaincus, c’est que la forêt, si elle est respectée, est capable de générer des revenus qui non seulement lui permettent, à elle, de développer ses propres potentialités naturelles, qui est d’offrir le plus d’hospitalité possible à la faune et la flore mais également de répondre aux aspirations légitimes des humains qui vivent en périphérie de cette forêt. Nous voulons démontrer, en réalité, que l’écosystème forestier est capable, sur le long terme, de dégager des recettes qui permettent le développement harmonieux de toutes les fonctions que la forêt doit exercer, sans devoir ponctionner le budget de la Région qui, vous le savez, n’est pas destiné à s’accroître dans les années qui viennent. On en revient en fait à l’idée de ce qui est soutenable et durable. Ce qui n’est pas soutenable et n’est pas durable, si vous voulez, c’est une logique de fonctionnement associatif qui n’arrive pas à atteindre l’équilibre. Or, je pense que l’écosystème forestier, l’être vivant complexe que représente la forêt, est capable de pouvoir, sur le long terme, avec une gestion perspicace, judicieuse de son patrimoine forestier, de remplir ses potentialités spécifiques, qui sont d’offrir davantage de biodiversité et les besoins des hommes.

 

Échange de vues

Mme la Présidente. - Merci Monsieur Domb. Nous allons passer aux questions. Qui souhaite prendre la parole ?

Mouyard, Courard, Henry, Desquesnes, Prévot, Puget.

La parole est à M. Mouyard.

Mr Mouyard (MR). - Merci, Monsieur Domb, pour cette présentation. Le projet Nassonia, nous le connaissons essentiellement à travers la presse. Nous en avons beaucoup parlé dans la presse et, parfois, dans les deux sens. Il y a les pros et les contre et, parfois, cela part dans tous les sens.

J'aimerais poser une question qui sera destinée également au ministre, puisque s'il y a une chose claire dans le Code forestier, c'est que la forêt publique, en l'occurrence la forêt communale, est gérée par l'administration wallonne, par le DNF. La gestion sylvicole, c'est très clairement écrit dans le Code forestier, c'est le DNF qui s'en occupe. J'ai cru comprendre, Monsieur Domb, que dans votre projet, il y avait une partie du projet qui servirait à la gestion sylvicole de la forêt, puisque c'est une forme de réserve, si j'ai bien compris, que vous voudriez faire et donc, il y aura de la part de la Fondation une implication dans cette gestion sylvicole. Le Gouvernement est-il prêt à changer la loi, puisqu'il va falloir amender le Code forestier pour que le projet de M. Domb puisse pleinement voir le jour.

Le Code forestier est très clair également sur le fait que la forêt doit être maintenue ouverte au public.

C'était la dernière grosse réforme du Code forestier, sous M. Lutgen et il y tenait beaucoup, à ce que le public puisse fréquenter la forêt wallonne dans ses diverses activités. J'imagine que dans le projet qui est le vôtre il y a des zones que vous voudriez réserver un peu plus à la quiétude, que vous voudriez rendre un peu moins perméable justement au public. De nouveau je me tourne vers le représentant du Gouvernement, Monsieur le Ministre : êtes-vous prêt pour ce projet-ci, mais peut-être pour d'autres également à changer la loi ou quelques articles du Code forestier ?

Un autre problème du dossier Nassonia – mais encore une fois je ne le connais pas suffisamment bien, tout ce que j'en connais c'est à travers la presse – c'est qu'entre les rentrées financières actuelles pour la commune, à savoir la vente de bois et la location de chasse, et apparemment les montants que vous proposeriez pour cette location à long terme, il y aurait une différence importante – de ce que j'ai pu lire en centaine de milliers d'euros – dans les caisses de l'administration communale de Nassogne. On sait à l'heure actuelle que les pouvoirs locaux ont relativement difficile à boucler leur budget et donc je peux comprendre qu'ils soient réticents.

Je les vois donc mal – même si le projet peut engendrer des rentrées financières in fine pour la commune – commencer et subsidier le projet. L'autre source de financement public possible à mes yeux, c'est la Région qui, à un moment donné, dirait : « On croit au projet Nassonia, c'est quelque chose de novateur et donc on met la main au portefeuille ».

Je me retourne vers Monsieur le Ministre : le Gouvernement est-il prêt à aider financièrement le projet Nassonia pour qu'il puisse voir le jour ou peut-être Nassonia a-t-elle décidé de revoir à la hausse son potentiel financier vis-à-vis de l'administration communale de Nassogne et cela serait intéressant de le savoir ?

Vous en avez parlé, Monsieur Dom, il y a la régulation du gibier. Il est impossible en Wallonie, en Belgique et partout dans le monde de dire que l'on ne chasse plus. Il n'y a plus de prédateur naturel et donc forcément la grande faune, il faut trouver une solution pour en faire la régulation. Comme vous l'avez très bien dit, c'est essentiellement le sanglier, le cervidé et, dans une moindre mesure, un peu le chevreuil, mais la régulation, si elle ne se fait pas, nous allons vers des catastrophes écologiques à moyen, voire à court terme. Le territoire devra toujours être chassé. J'imagine que dans votre projet, vous avez réfléchi également à une solution pour que le territoire puisse être toujours chassé. Sinon je ne vois pas d'autres solutions, puisque l'on ne peut pas piéger, on ne peut pas faire n'importe quoi et là la souffrance de l'animal serait bien plus importante.

De nouveau, est-ce dans votre projet sous forme de réserve, le fait de continuer à ouvrir à la chasse – ou alors vous avez peut être trouvé un moyen cynégétique différent que ceux que l'on connait – pour que les deux activités soient compatibles ? Ne vont-elles pas, à l'heure actuelle, l'une contre l'autre ?

Dernier élément que j'aimerais mettre en exergue et je pense l'avoir lu dans la presse : vous seriez éventuellement, si Nassonia ne savait pas se faire, intéressé par un autre territoire, le territoire des Epioux, si j'ai bien lui, qui appartient à la Ville de Mons qui, depuis un certain temps, essaie de le revendre. Il y aurait eu des contacts avec vous pour que le projet, à la place de se faire à Nassogne, se fasse aux Epioux. Cela serait dans le cadre d'une vente. Ne serait pas plus facile pour vous de gérer un territoire qui deviendrait privé ? La législation est dès lors totalement différente vis-à-vis d'un territoire privé plutôt que vis-à-vis d'un territoire public.

 

Mme la Présidente. - La parole est à M. Evrard.

Mr Evrard (MR). - Merci Monsieur Domb pour votre exposé qui était très clair et mon intervention s'inscrit un peu dans la lignée de ce que vient de dire mon collègue, M. Mouyard.

Vous avez parlé de vous ; je parlerai de moi en quelques minutes simplement pour vous dire qu'ayant eu un papa malheureusement décédé qui était président des naturalistes, c'est vous dire si j'ai été éduqué aussi dans cette nécessité d'être extrêmement attentif à la biodiversité et au monde qui nous entoure sur le plan de la faune et de la flore.

Ingénieur agronome et chef d'entreprise, j'ai aussi un regard et un aspect plus productif notamment et vous l'avez évoqué, vous avez été président de l'Union wallonne des entreprises, vous connaissez donc bien le monde de l'entreprise. Simplement pour vous dire que je n'ai évidemment aucun a priori – autant le dire d'emblée – par rapport au dossier, même si j'ai pu poser certaines questions au ministre et j'y reviendrai.

Aucun a priori parce que derrière les projets, il y a évidemment les hommes qui constituent ces projets et c'est sans doute là la ressource la plus importante et l’on est face à un projet hors du commun, vous l'avez dit, qui a un certain nombre de contraintes, de paramètres dont il faut tenir compte.

C'est un grand projet et que derrière les grands projets, il y a toujours des grands hommes. Je sens en tout cas une évolution dans les propos, entre ce que l'on a pu lire dans la presse et l'exposé que vous nous en faites aujourd'hui.

L'aspect sur lequel je souhaite intervenir est double.

D'une part, la communication et le message qui est délivré. En cette matière, même si vous avez le triomphe modeste, je pense que nous n'avons rien à vous apprendre en la matière et l’on sait et vous vous en êtes aperçu que, notamment en ce qui concerne la filière bois, de tels projets pouvaient créer une confusion dans les esprits et donner parfois le sentiment que la manière – et l’on peu le déceler dans quelques-uns de vos propos – dont est gérée la forêt aujourd'hui serait inadéquate ou inappropriée.

On entend bien ici que votre projet se limite à 1 500 hectares, mais on a pu, en tout cas autour de cette commission – et cela a été intéressant –, réaliser des auditions qui ont démontré les divergences de vues. J’ai apprécié votre analyse disant que chacun a sa vérité et la volonté de nos travaux était de clarifier certains propos tenus, notamment dans la manière dont on souhaite gérer la forêt de manière plus naturelle à travers une méthode de production Pro Silva qui est en opposition à la production écuyenne que vous connaissez où l’on a des épicéas qui poussent à peu près au même rythme en même temps et qu'on récolte.

Ce que l'on a pu entendre de ces auditions, c'est évidemment que, d'une part, il n'y avait pas eu  d'étude officielle, qu'il y avait des régions dans le monde où cela convenait bien, mais que, par ailleurs, notamment en Wallonie, dans les expériences qui étaient menées et où un orateur ingénieur privé nous faisait rapport, les taux internes de rentabilité variaient du simple au double. Cela mérite une réflexion et c'est en cela que je vous explique que le signal que vous pourriez donner au monde de la filière bois est de dire à un moment si c’est la généralisation de ce type de production parce que vous voyez clair avant les autres, cela peut évidemment susciter des interrogations, voire une certaine forme de blocage par rapport à ce type de projet en sachant, en filigrane aussi – c’est une simple remarque – à travers le droit d’emphytéose, puisque c’est le véhicule que vous avez utilisé avec la fondation pour mettre en place votre projet, qu’il y a une certaine série d’obligations, notamment de restaurer un bien qui n’a pas perdu de sa valeur. On peut donc s’interroger à l’échelle des 50, 60, 100 ans, si entre la valeur du bien actuel et la valeur du bien futur, pour peu qu’une méthode de gestion Pro Silva entraine des rendements nettement moindres, tout en rappelant le caractère irréversible de la méthode de production, si, à l’échelle de 100 ans, on ne va se retrouver avec un patrimoine appauvri étant entendu qu’il faudrait, à ce moment-là, définir des critères d’appréciation. Il n’y a pas évidemment, et je le répète, que le critère économique qui rentre en ligne de compte.

Je crois aussi et je voulais vous rappeler que j’entends bien votre message de dire que la volonté est de pouvoir démontrer et de faire en sorte que l’écosystème subvienne à ses propres besoins et aux besoins de la société. Je rappelle, en tout cas, étant issu d’une commune qui est extrêmement boisée, je connais des communes où non seulement la forêt permet de subvenir à elle-même sur le plan économique, mais aussi bien au-delà. On pourrait citer des communes qui, grâce notamment au financement et aux rentrées des ventes de vois, peuvent financer justement des projets comme des centres culturels ou autres, et là, subvenir à des subventions qui ne viennent pas pour des raisons purement politiques. C’était rappeler combien la forêt joue un rôle bien au-delà de son écosystème pur par rapport à une surface.

Le deuxième aspect sur lequel je souhaitais insister, c’était plutôt l’aspect de jurisprudence. Il est clair  que, et là c’est vrai que c’est aussi au ministre, c’est d’ailleurs dans ce sens que je l’avais interrogé, on peut s’interroger si une acquisition n’aurait pas été beaucoup plus simple. On a vu il y a quelque temps un domaine d’à peu près une taille équivalente aux Croisettes à Suxy qui va être mis en vente par la Commune d’Aubange pour un montant de 1,5 million d’euros. Il est clair que dans ce type de cas de figure, à partir du moment où la fondation est propriétaire, cela évite toutes des discussions, notamment pour voir de quelle manière on va appliquer le Code forestier, de quelle manière on va pouvoir être en conformité avec l’ensemble de la législation existante.

Pour être un peu provocateur, et c’est là la question, dans cet aspect de jurisprudence, si demain on a une fondation, toujours dans le cadre d’un intérêt public qu’il faut démontrer, qui souhaite avoir une orientation diamétralement opposée aux objectifs qui sont poursuivis par votre projet ; imaginons – je ne suis pas chasseur, donc je le dis avec toute l'aisance nécessaire – si une fondation souhaitait se dire : « On va avoir un projet consistant à faire un grand parc de chasse et l’on va faire un projet orienté 100 % sur la chasse. ». Ce sont des débats que l’on a eu aussi, Monsieur le Ministre, notamment quand vous aviez les compétences en matière d’infrastructures sportives, on a souvent rappelé qu’en matière de pratique de sports moteurs, on cherche toujours en Wallonie cinq ou dix malheureux hectares pour que des personnes puissent exercer leur passion.

Simplement pour dire qu’à travers votre projet, ce qui nous préoccupe nous en tant que parlementaires, c’est aussi la manière dont le dispositif va se mettre en place, eu égard aux règles, au règlement et que l’on sache dans quelle pièce on joue. Y a-t-il une politique de deux poids, deux mesures en disant que pour M. Domb on va appliquer telle et telle règle et pour d’autres projets c’est évidemment une question qui vous dépasse.

Je souhaite rappeler en tout cas que c’est notre rôle en tant que parlementaires.

Je ne serai pas beaucoup plus long par rapport aux interventions. En vous remerciant encore pour les réponses ou en tout cas les lumières que vous voudrez bien apporter à nos questions.

 

Mme la Présidente. - La parole est à M. Desquesnes.

Mr Desquesnes (cdH). - Monsieur Domb, merci pour votre exposé, votre vision de votre projet. Je pense que c’est important que l’on ait cet échange ici au sein de la Commission tourisme, nature et forêt du Parlement wallon. Vous êtes au bon endroit. Je pense que c’est important.

J’ai été interpellé par le début de votre présentation, pas surpris parce que je connais la passion qui est la vôtre. Je pense que c’est un gage par rapport à un projet comme celui-ci, à la fois sur la cohérence du projet mais aussi sur sa concrétisation et son devenir, qu’il soit habité ce projet par une vraie passion, par une vraie vision, par un certain élan qui puisse porter ce projet. Je pense qu’effectivement, aujourd’hui, si Pairi Daiza est un succès c’est parce qu’il reflète, me semble-t-il, une passion. Ce que le citoyen, sur le plan touristique en tout cas, recherche c’est de découvrir des lieux qui ont non seulement une cohérence mais également une âme, un enthousiasme.

Au contraire, peut-être, d’autres collègues qui se sont déjà exprimé, j’ai un apriori favorable sur le sujet, je le dis tel que je le pense, et cela sur plusieurs aspects.

D’abord, il faut rappeler qu’en 2008, la Wallonie avait commandité – c'était le ministre Lutgen à l’époque – une étude à l’UCL sur la valorisation touristique des massifs forestiers en Wallonie menée par le professeur Bodson. Quels en étaient les principaux constats ? C’est de dire que cette valorisation était minimale, c’était en 2008, alors qu’elle est un cadre pour les activités touristiques. C’est de dire que l’offre actuelle en matière de forêts était éclatée. C’était aussi dire que l’offre était constituée essentiellement d’une juxtaposition de différents éléments. Il y avait derrière les conclusions, l’idée face à ces constats c’est de dire : « Ayons une vision d’ensemble, ayons une approche davantage globale, davantage collective autour des massifs avec une série de préconisations très concrètes ». C’est une perspective de développement rural dans cette valorisation, dans un souci permanent de protéger ce milieu précieux. Ici, ce que vous nous en dites, ce qui en est présenté jusqu’à présent colle à cet élément. L’idée que le produit devait être conçu comme englobant, comme différencié, comme événementiel, ce sont des éléments que l’on retrouve également.

Enfin, dernier élément, et c’est celui auquel je suis extrêmement sensible, c’est la spatialisation du produit, c’est la capacité sur un espace donné, sur une forêt qui est à préserver qui est le bien précieux que l’on peut mettre en évidence, mais que l’on peut aussi et que l’on doit d’abord et avant tout cultiver non pas au sens d’une production intensive, mais en faisant en sorte qu’elle apporte le plus d’éléments positifs à notre société, que ce soit sur le plan de la biodiversité, de la nature, de la protection des espèces végétales et animales mais également comme ressource humaine pour les générations, les habitants, à la fois locaux, ceux qui ont la chance d’habiter près de ces forêts, mais également ceux qui ont la chance d’être moins souvent à côté d’une forêt, mais qui souhaitent les découvrir.

Quand je vois le plan qui est dressé ou le schéma d'intention, notamment à la page 16 du document qui a été distribué, où l’on voit cette spécialisation des endroits, je pense que l’on colle fortement finalement avec l’ensemble des préconisations de l’étude qui avait été menée en 2008. On a besoin de projets qui incarnent cette valorisation touristique des massifs forestiers.

Je sais que M. le Ministre mène une série d’éléments et qu’il y a des opérateurs qui s’organisent à gauche et à droite. On est aussi à un moment donné de projets d’une certaine ampleur pour incarner cette vision de valorisation de nos massifs forestiers.

Au-delà de ces constats de départ, j’aurais souhaité vous poser trois questions particulières.

La première question, c’est celle de l’adéquation entre ce qui est déjà en train de sortir au niveau de la valorisation du massif de la forêt de Saint-Hubert. Comment voyez-vous l’agencement de votre projet par rapport à celui-là ? Je pense qu’il y a un lien et une réalité nécessaire à établir.

Ma deuxième question est très concrète : « Si demain vous devenez locataire emphytéotique ou un autre outil sur le long terme – mais je comprends que l’on travaille ici sur le long terme quand on parle de la forêt, toute gestion de courtermiste est tout à fait inadéquate – quelles seraient les premières étapes concrètes de votre projet ? » Quels sont les premiers signaux, demain, si la fondation Pairi Daiza devient effectivement gestionnaire de cette partie de forêt, quelles sont les premières étapes concrètement qui seront mises en oeuvre ? Comment va-t-on voir la concrétisation d'un début d'un projet.

Troisième élément, vous l'avez dit et vous avez fait référence à votre expérience comme patron de l'UWE, tout projet est aussi un projet économique. Je pense que derrière cet élément-là et contrairement à ce que certains – pas ici, ailleurs – ont dit : « Un projet comme celui-ci, il va s'opposer à l'économie forestière ». Non, l'économie forestière, c'est : comment faire en sorte qu'au départ de notre patrimoine et en essayant de le préserver le mieux possible et même de l'améliorer, comment peut-on en faire un atout créateur de valeur ajoutée, créateur d'emplois, créateur de développements endogènes ? C'est cela la vraie question que je voulais poser et ici je pense que l'on peut le retrouver avec des formes moins classiques, un peu moins 19e siècle d'exploitation de la forêt. C'est certain.

Comment cette logique économique va-t-elle se mettre en oeuvre ? Il faut des sources de profits. Comment vont-elles être établies pour couvrir les coûts inhérents à la gestion de la forêt ? Comment le partenariat va-t-il s'établir non seulement – mes collègues ont posé la question – avec les autorités locales ou la Région mais également avec les autresopérateurs économiques déjà présents sur le terrain ? Le secteur hôtelier, le secteur du tourisme découverte, tous ces acteurs-là comment vont-ils être associés ? Seront-ils partie prenante au projet même s'ils ne sont pas dans le périmètre des 1500 hectares ? S'ils sont autour, comment vont-ils être associés à cette dynamique ?

 

Mme la Présidente. - La parole est à M. Prévot.

Mr Prévot (PS). - Je tiens à vous remercier, Monsieur Domb pour cette présentation, avec le préambule que je connaissais quelque peu pour vous avoir rencontré ou en tous cas côtoyé dans une autre vie.

Effectivement, le projet que vous nous amenez aujourd'hui, que vous nous présentez aujourd'hui, est un projet qui peut paraître clivant. Nous avons vu, avant même que la première brique sorte de terre, qu’il a déjà animé pas mal de passion et c'est particulièrement dans la presse que nous en avons eu connaissance. Donc, c'est précieux pour nous pour vous poser une série de questions.

Ce sont des projets clivant, parce qu'évidemment, nous avons vu toute une vague de pro Nassonia, quelques anti, mes collègues ici ont abordé la partie plutôt chasse. N'étant pas chasseur et non suspect, je laisse cela à M. Mouyard qui s'y connaît beaucoup mieux que moi ; M. Evrard a abordé plutôt la partie économique, la filière bois et c'est vrai que si vous n'aviez pas été porteur de ce projet, je pense que nous aurions eu davantage de levée de boucliers.

Je suis originaire de Soignies, je connais très très bien le projet Pairi Daiza. J’ai été la première année où c'était à l'époque Paradisio qui était un projet qui regroupait quelques volières, qui n'a plus rien à voir maintenant avec le projet initial et c'est le point sur lequel je voulais insister également, c'est l'intégration que vous avez réussi à avoir sur le site de Pairi Daiza avec le souci qui était le souci majeur, et que vous connaissiez bien, qui est en passe de se régler partiellement. Ce sera évidemment ma première question. Vous avez bien compris que je n'ai pas d'a priori négatif non plus sur le projet en tant que tel. On a évoqué toute une série déjà de difficultés sur papier. Je suppose que votre projet est suffisamment abouti pour avoir une vue d'ensemble sur les éventuelles difficultés.

Avez-vous les certitudes que ce projet qui va certainement s'il voit le jour, un jour générer davantage de flux, notamment en termes de mobilité, avez-vous la certitude aussi que vous pourrez gérer ce flux ?

Cela a été le problème majeur de Paradisio et de Pairi Daiza pendant des années et cela aussi pourrit l'existence des riverains ou des gens qui habitent aux alentours. Je pense que pour que ce projet soit accepté dans son ensemble – et c'est facile pour moi habitant Soignies, de trouver que le projet est super bien à Nassogne – il faut évidemment avoir l'adhésion des gens qui habitent dans les environs immédiats. Là aussi, je suppose que vous avez des réponses en termes de mobilité.

Je voulais revenir, ce n'est pas un secret, nous en avons parlé dans la presse, sur cette fameuse possibilité d'acquisition sur le site des Epioux. J'aurais voulu savoir où cela en était. Si votre volonté est d'avancer ou d'essayer jusqu'au dernier moment d'aboutir à Nassogne ou à un moment donné, avez-vous mis des limites où vous abandonnerez le projet Nassognia et où vous pourriez vous rabattre sur un autre site et peut-être celui des Epioux de Mons dont on parlait tout à l'heure ?

Une autre question que je vous posais aussi et vous l'avez dit, la forêt à plusieurs fonctions, elle a une fonction économique – on en a parlé tout à l'heure – elle a une fonction environnementale mais aussi récréative.

C'est un point qui me tient relativement à coeur, c'est le fait de pouvoir maintenir l'accès de cette forêt au public, et ce, gratuitement. Dans l'intégration de votre projet, une partie de votre projet, une partie de cette forêt continuera-t-elle à être accessible gratuitement au public ?

Enfin, quelque soit le site choisi, Nassogne, Epioux ou un autre, à partir du moment où vous aurez tous les accords et que vous pourrez commencer, là aussi, peut-être avoir une petite vue sur les étapes. Comment le projet va-t-il s'articuler ? Y aura-t-il un phasage un peu à l'instar de ce qui c'est fait à Pairi Daiza ? Un phasage est-il prévu au niveau de l'articulation du projet ?

 

Mme la Présidente. - La parole est à M. Puget.

Mr Puget (Indépendant). - Je tiens à vous présenter mes excuses pour ne pas avoir pu participer à la première partie, j'étais en commission du budget et c'est parfois un peu compliqué de passer d'une commission à l'autre. Voilà le pourquoi je n'étais pas là dès le départ.

J'avais quelques questions en passant après mes collègues qui ont déjà soulevé nombre d'interrogations intéressantes et je pense que nous nous rejoignons un peu dans toutes nos interrogations. Je ne vais pas faire un bis repetita, mais en tous cas pas m'étaler en longueur dans mes questions, beaucoup de choses ont déjà été dites. Effectivement, la première question, en étant un voisin de Nassogne et connaissant des habitants de Nassogne – je ne suis pas le seul à connaître des habitants de Nassogne ici, bien sûr – ils s'inquiètent évidemment pour l'accès aujourd'hui à la forêt, l'accès qui leur sera autorisé ou réservé – voilà, pour trouver des mots très souples par rapport à ce que j'ai entendu.

Quelle garantie sur le long terme l’habitant de Nassogne, mais aussi tout citoyen wallon qui désire se détendre ou gambader dans les forêts de Nassogne pourrait-il avoir d’un accès libre et gratuit ?

Effectivement, mon collègue a parlé tout à l'heure de l'équilibre dans la gestion sylvicole, cela a été dit deux fois. Avez-vous déjà – je suppose, et je pense que la réponse sera positive, connaissant votre curriculum vitae – des productions chiffrées sur les investissements, sur le nombre d'emplois et sur la rentabilité à long terme que vous pourriez retirer ? Vous m'avez parlé d'équilibres, mais en chiffres, qu'est-ce que cela peut donner ? Effectivement, sur les investissements et la répartition sans montant arrêtés aujourd'hui – je ne sais pas si vous avez déjà les montants arrêtés aujourd'hui – quelle est la part du public et quelle est la part de votre fondation ou tout investissement privé ? Parle-t-on d’un

tiers-deux tiers ou de cinquante-cinquante, nonantecinx-cinq ?

Site ouvert aussi je pense, habitant à Rochefort, nous avons les grottes de Han, qui est un site ouvert, comme on l'appelle ; tout le monde peut gambader dans village, mais vous devez uniquement payer pour aller à l'attraction principale. Dans votre objectif, le site sera-t-il un site ouvert ou un site fermé ? Cela rejoint un peu la question aussi de la liberté de ses promener dans les bois de Nassogne. En ayant un site ouvert, il y a une plus grande participation des villages avoisinants au projet, puisqu'eux pourraient en tirer un bénéfice avec l'afflux de touristes ou de promeneurs dans cette région.

Je reviens aussi sur la restitution du bien à échéance.

Il est de notre devoir, en tant que garant du public, de protéger les générations futures. Ce que vous ferez avec votre projet, nous aussi nous devons garantir de rendre ces bois et cette forêt et ce terrain aux générations futures, voire dans un état amélioré, bien sûr, c'est ce que nous souhaitons par rapport à aujourd'hui.

Je vais parler des investissements. En voyant succinctement le projet que nous venons de recevoir, les investissements doivent être relativement lourds.

À moins de venir à un équilibre, quelle est votre vision des choses ? Sans oublier les investissements parkings, routes et transports en commun. Si l’on fait un projet axé sur le développement durable, transports en commun, je reviens sur le village à côté : pour aller de Rochefort aux grottes de Han-sur-Lesse, il y a cinq bus par jour, ce qui est absolument ridicule et totalement insuffisant. À Nassogne, je pense qu’il y a trois bus par jour : à 6 heures du matin, à 11 heures et à 17 heures pour revenir de l’école.

Tout cela demande des investissements lourds au niveau du privé, mais aussi au niveau du public puisque les transports publics sont des investissements qui doivent être réalisés par le public. Quand on sait aujourd’hui les enveloppes budgétaires et les discussions qu’il y a sur certains axes que l’on

souhaiterait développer, il faut trouver des fonds si l’on veut développer un axe public. L’autoroute est quand même relativement loin – proche et loin –, mais l’offre de transport public est nulle.

Mme la Présidente. - La parole est à M. Daele.

Mr Daele (Ecolo). - Je voudrais tout d’abord excuser mon collègue, M. Henry, qui avait demandé la parole, mais qui est actuellement en Commission des Affaires générales où se tient, en ce moment, la discussion sur le projet de décret donnant assentiment à l’accord de Paris pour lequel il est assez impliqué. Je vous demande également de bien vouloir également excuser mon absence au début de cette commission puisque j’étais moi-même dans une autre commission ; quand on est un groupe de seulement quatre députés, on fait comme on peut.

À l’instar de M. Mouyard, j’ai découvert dans la presse beaucoup d’éléments concernant votre projet. Je suis très heureux de pouvoir vous entendre aujourd’hui et approfondir ensemble la question. Beaucoup de questions ont déjà été posées par mes collègues, mais je voudrais revenir sur l’implication précise de la Wallonie dans ce projet. Quels sont ses obligations, ses devoirs, ses opportunités et ses responsabilités dans le projet ?

Envisagez-vous uniquement ce projet de manière privée avec les autorisations wallonnes ou avec une part de collaboration pour pouvoir mener ce projet à bien ?

Sous quelle forme juridique ? Comment cette articulation entre la commune, la Région et les investisseurs privés peut-elle voir le jour ? Qu’en est-il, par ailleurs, des garanties juridiques quant au processus qui doit être mis en place, notamment le lien juridique entre l’emphytéose et le respect du  projet ainsi que le statut Natura 2000 et du bois qui est soumis au régime forestier du site ?

Cela fait pas mal d’éléments à combiner pour pouvoir aboutir à une structure qui puisse tenir compte de toutes ces contraintes.

En tant qu’écologistes, notre vision est évidemment celle du développement durable. Pour les non-initiés que vous n’êtes pas, le développement durable n’est évidemment pas uniquement le volet environnemental, mais possède trois piliers : la protection de l’environnement, le développement économique – j’ai pu lire dans la presse, et selon vos propos, le développement de ces deux axes –, mais je voudrais aussi vous questionner par rapport au troisième pilier du développement durable, qui est le volet social dans son aspect humain citoyen. De quelle manière comptez-vous « embarquer avec vous » les habitants, les citoyens, tous les usagers de la forêt quels qu’ils soient – les chasseurs, les naturalistes, les promeneurs – et les riverains de manière large, de manière à avoir un projet qui ne s’impose pas à eux, mais dans lequel ils puissent être au maximum partenaires ? Quelle est votre vision de ce partenariat, pas uniquement institutionnel, mais également citoyen ? Je pense que c’est un angle important si l’on veut au final avoir un projet qui puisse aboutir de manière satisfaisante pour tout un chacun.

Enfin, dans cette recherche d’équilibre entre le pilier économique et le pilier environnemental, de quelle manière envisagez-vous le développement des activités touristiques – qui est aussi un objectif – avec la nécessité d’une quiétude pour la forêt pour qu’au final le projet puisse avoir un sens ?

On a pu entendre plusieurs fois la dénomination « réserve intégrale ». Je voudrais savoir à quoi cela correspond exactement. À mon sens, une protection intégrale est difficilement compatible avec une activité touristique et humaine. Les termes « réserve intégrale » ne sont peut-être pas les bons, mais je voudrais alors vous entendre et avoir vos précisions par rapport à cela.

 

Mme la Présidente. - La parole est à M. Domb.

Mr Domb, Président de la Pairi Daiza Foundation. -

La première question concernait le rôle du DNF. Dans notre esprit, le rôle de l’administration fondé sur sa compétence, son expérience et sa distance par rapport à l’argent, sont des éléments extrêmement précieux, utiles et nécessaires à la réussite d’un projet comme celui-là.

J’ai fait des études de droit, mais je ne connais strictement rien à la matière très technique du Code forestier. J’ignore donc s’il sera nécessaire d’aménager le Code forestier pour permettre l’éclosion et le développement d’un projet comme le nôtre.

Lors de mon exposé, je me suis permis d’esquisser une différence importante à nos yeux entre le rôle actuel du DNF, qui est de veiller en bon père de famille à la pérennité de la gestion forestière assumée pour le compte de la commune, et l’objectif d’un projet comme Nassonia qui d’incarner la multifonctionnalité de la forêt, ce qui implique que le DNF soit ouvert à l’ensemble de la complexité de l’écosystème forestier et pas uniquement à la gestion forestière. Faudra-t-il écrire une charte constitutive qui détermine quel est le rôle spécifique que pourrait jouer l’administration ou pas ?

Je suis incapable de vous répondre. Ce dont je suis convaincu, en revanche, c’est que le rôle que le DNF pourrait jouer demain – que j’appelle clairement de mes voeux – sera sans doute différent de celui qui était traditionnellement exercé par l’administration.

Au niveau de l’accessibilité, il y a l’accessibilité de droit et de fait. Je pense que la forêt wallonne – je ne parle pas en particulier de la forêt de Nassogne – est accessible en droit. Les sentiers sont accessibles, c’est inscrit dans la loi. Sont-ils pour autant utilisés ? Le projet que nous voulons mettre sur pied a pour objectif de transformer une accessibilité théorique en une accessibilité réelle et soutenable pour l’écosystème.

Pour que Pairi Daiza puisse apporter ses graines au jardin, il faut que nous ayons le talent de constituer une équipe qui permette d’atteindre le meilleur équilibre possible, l’optimum entre les attentes légitimes de toutes les parties prenantes de la forêt. L’objectif n’est donc certainement pas réduire l’accessibilité. Par contre, aménager sans doute l’accessibilité en tenant compte – puisque c’est un peu notre étoile polaire, c’est notre boussole – des différents intérêts qu'il s'agit de réunir pour que l’écosystème soit sain et fort ; c’est tout l'enjeu d'un projet comme le nôtre.

En ce qui concerne les recettes, il est impensable, dans mon esprit, que les pouvoirs locaux – dont on connait les difficultés budgétaires – participent financièrement à un objectif qui dépasse quelque part les contours de la commune. Le projet que nous voulons mettre sur pied est un projet qui concerne plus la Wallonie – et parfois plus encore que la Wallonie – que le simple ressort territorial dans lequel se trouve la forêt.

De mon modeste point de vue, je ne peux pas imaginer un seul instant que la commune ou le CPAS de Mons sponsorise le projet. C'est encore plus vrai pour le CPAS de Mons, rappelant que c'est un propriétaire foncier qui, au siècle dernier, a légué à la commission d'assistance publique la forêt des Epioux pour venir en aide aux personnes les plus précarisées. Imaginer que le CPAS finance des projets qui dépassent sa mission n'a vraiment aucun sens. Il y a une question technique de savoir quels sont les revenus forestiers liés aux parcelles qui sont concernées ; je pense que la question ne peut être résolue que de façon tout à fait objective : quels sont les revenus forestiers que la commune ou le CPAS perçoit sur les 5 ou 10 dernières années sur le massif en question ?

Vous l'avez rappelé, la chasse est absolument nécessaire. Notre souhait est de rechercher, avec les spécialistes, des techniques de chasse les plus respectueuses de la faune. J'ai évidemment, comme chacun d'entre vous des convictions fortes ; ce n'est pas nécessairement la vérité. Je préférerais qu'il n'y ait pas de chasseur, mais je sais que ce n'est pas possible. Par contre, il y a chasseur et chasseur, il y a différentes techniques de chasse. Sur ce point comme sur les autres, je souhaite m'entourer des gens qui savent de quoi ils parlent pour arriver à ce que la pratique de la chasse sur le site que nous aimerions pouvoir piloter puisse se faire conformément à nos convictions. Il y a notamment un aspect de certaines chasses qui me pose problème – je ne suis pas le seul à qui cela pose problème –, c'est le nourrissage intensif du gibier dont on sait bien qu'il a pour alibi de maintenir le gibier à l'intérieur des massifs pour éviter les risques pour la circulation et pour les cultures. Il me semble qu'une bonne comparaison des pratiques de chasse dans d'autres pays, d'autres régions, voire même tout près de la forêt de Nassogne permettent de défendre l'opinion que le nourrissage intensif – sauf situation tout à fait exceptionnelle liée à un hiver épouvantable – n'est pas nécessaire. Dès lors, en ce qui concerne la chasse, elle est bien sûr indispensable, mais il y a chasse et chasse.

Concernant les Epioux, notre projet n'est pas un projet fermé, c'est un projet ouvert et je remercie Mme la présidente de la commission de m'avoir invité pour répondre à vos questions. Je me rends compte qu'il y a, sur un certain nombre de points, un abysse d'incompréhension entre la perception de notre projet et ce que nous souhaitons réellement faire. C'est probablement lié à une mauvaise communication de notre part et je suis vraiment très heureux de pouvoir clarifier un certain nombre de choses.

Nous n'avons pas l'intention de nous comporter comme un investisseur. J'ai déjà donné et je continue à le faire. Dans ce domaine, nous avons un programme d'investissements qui est extrêmement lourd à Pairi Daiza. Le rôle que j'ai envie de jouer avec d'autres personnes n'est pas du tout le rôle d'un investisseur, dans le sens de quelqu'un qui investit de l'argent avec l’espoir d’un retour à court terme. Mon objectif, c'est d'enrichir dans l'intérêt de tout l'écosystème forestier. Cela répondra sans doute à d'autres questions que vous avez posées.

Un des malentendus que je souhaite dissiper, c'est les appréhensions que pourrait avoir le secteur forestier par rapport à un projet forestier comme le nôtre. Je m'interroge tous les jours sur l'erreur de communication que nous avons faite, parce que nous avons la conviction à Pari Daiza et avec celles et ceux qui s'occupent de ce projet, que le surpeuplement du gibier est aujourd'hui un des facteurs les plus destructeurs du patrimoine forestier qui soit en Wallonie. Parmi les experts qui nous entourent figure la société royale forestière. Vous avez des propriétaires publics et privés qui ont un objectif qui est le maintien du patrimoine forestier. La société royale forestière semble – ou alors j'ai mal compris – favorable au projet Nassonia.

Je viens de dire un mot sur la filière bois. Je ne peux pas vous remettre des chiffres. J'ai l'impression – et je parle un peu d'expérience – que le désir, l'envie qui est surmultipliée par d'autres permet de transformer un rêve en quelques choses qui fonctionne.

Vous le savez mieux que moi, la transformation dans notre région concerne principalement sinon essentiellement les résineux. Lorsqu'on vend des feuillus, ils partent assez rapidement. Je crois profondément, dans l'intérêt des entreprises, d'intégrer la démarche écologique dans leur processus de réflexion et de développement de leurs activités. J'ai l'intime conviction qu'il doit être possible de transformer les feuillus sur notre territoire, singulièrement dans le secteur de la construction et dans le secteur touristique.

Est-ce que je peux le prouver maintenant ? Non, bien entendu. L'un d'entre vous m'a demandé : « J'imagine que vous avez fait l'exercice, vous avez un plan financier ? ». En fait, je n'ai pas de plan financier.

Je devrais avoir un plan financier si j'étais un investisseur qui allait mettre des fonds dans un projet ou qui devrait convaincre des partenaires financiers. En fait, je sais peu de choses, mais je sais déjà que demain, si nous continuons simplement, sans la moindre modification, à gérer la forêt avec le DNF, nous allons payer les contributions de la forêt à la commune.

Je ne sais pas si vous étiez présent lors de cette partie de ma présentation, mais j’ai dit qu'une des caractéristiques du projet Nassonia, est qu’aucun de nos partenaires – qu’il s'agisse de la société royale forestière, des universités amies du projet, d'experts dans tous les domaines qui concernent l'écosystème forestier – ne vont se payer sur la bête. Nous allons tous devoir trouver les moyens – soit parce que nous avons envie de le faire nous-mêmes et que nous le faisons sur nos fonds propres ou en trouvant des ressources qui sont extérieures à la forêt – pour développer l'activité en question. Le risque est donc extrêmement théorique puisque, dès le départ, en ne changeant rien, on dispose suffisamment de recettes pour continuer à payer les revenus que la forêt doit, si on la considère comme un contribuable vivant, verser à la commune.

Sur la question de la propriété, je voudrais faire la différence entre privé et propriété. En fait, nous nous sommes des privés, c'est-à-dire que nous n'avons aucune légitimité pour représenter la population ; nous ne représentons que nous-mêmes. Toutefois, privé ne veut pas dire propriétaire. Pour résumer, Nassonia, c'est rechercher ensemble le moyen d'organiser – et cela peut dépasser largement la problématique de l'écosystème – l'enthousiasme des citoyens, leur permettre de mélanger leurs pinceaux pour réaliser des projets collectifs de façon efficace.

Privé ne veut pas dire intérêts particuliers. Imaginer que l'objectif que nous poursuivons pourrait être réussi en faisant en sorte que nous achetions une forêt, ce serait la preuve que j'ai mal expliqué le projet Nassonia.

Le projet Nassonia n'est pas devenir propriétaire d'une forêt et de gérer celle-ci comme un propriétaire privé, c'est de réunir les motivations de personnes probes, désintéressées, enthousiastes, passionnées par le sujet – la forêt en question – pour co-construire un projet équilibré qui renforce l'écosystème de la forêt dans toutes ses composantes. À partir du moment où vous devenez propriétaire d'une forêt, vous êtes dans un effroyable conflit d'intérêts avec vous-même parce que vous avez consacré une partie de votre épargne à un projet qui est censé être désintéressé.

Comme je l'ai dit il y a quelques instants, je suis convaincu que ce n'est absolument pas nécessaire puisque, par définition, toutes les parties prenantes du projet ne vont pas se payer sur la forêt en question. Dès le départ, à partir du moment où l'on considère que le niveau zéro est de continuer à payer à la commune ou au CPAS les revenus qu'ils recevaient auparavant, il n'y a pas de problème de plan financier.

Le projet Nassonia, c'est l'établissement d'un plan de gestion multifonctionnel sur de nombreuses décennies.

C'est un état d'esprit, c'est une attitude, ce n'est pas un investissement.

Renseignez-vous, dans d'autres pays, des opérations qui sont nées un peu de la même manière que celle-là et qui sont devenues des trusts, des charities – on appelle cela de différentes façons suivant le pays dans lequel on se trouve – où des particuliers décident, à un moment, de se mettre ensemble pour défendre et promouvoir un projet qui les dépasse individuellement.

Je crois que la force publique et les politiques ont tout intérêt à utiliser, à tirer parti de cette énergie qui est peut-être insuffisamment utilisée, d'aider et de participer à quelque chose de grand tous ensemble. C'est en partie cela le projet Nassonia, comme plein d'autres projets : comment pouvons-nous mobiliser l'engagement des citoyens sur des projets concrets, en aménageant un cadre qui leur permet d'avoir suffisamment d'autonomie pour pouvoir réaliser le projet en question, sans compromettre l'intérêt collectif ?

J’ai entendu « deux poids, deux mesures ». Je crois avoir répondu – ou en tout cas j'ai essayé de répondre – à cette question. Nous ne voulons pas nous positionner comme un investisseur, mais comme un ensemblier, un coordinateur de compétences pour participer à l'enrichissement de l'écosystème forestier.

Une autre question concernait le caractère ouvert ou fermé du projet. Dans notre esprit, rechercher l'équilibre parfait – qui par définition est un équilibre instable en perpétuel changement puisqu'il s'agit de la vie, d'organismes vivants qui interagissent de façon très complexe les uns avec les autres –, c'est par définition un projet ouvert. Ce que nous vous proposons, c'est de commencer par une opération pilote.

Je vais quand même vous faire une confidence.

Depuis notre conférence de presse du mois de juillet, j'ai été invité par pas mal de personnes et je vous avoue que j'ai été très agréablement surpris de l'intérêt des pouvoirs publics, à différents niveaux, pour l'initiative comme la nôtre et surtout sur le caractère ouvert d'un projet comme le nôtre.

J'ajouterai que Pro Nassonia est un exemple intéressant des attentes d'un grand nombre d'entre nous.

Je ne suis pas le papa de Pro Nassonia ; j'étais très loin de la Belgique au moment où j'ai appris que cette mobilisation était en train de se faire. Ce n'est pas du tout quelque chose que j'ai initié, je crois que c'est quelque chose que je suis absolument incapable de contrôler, mais c'est un indicateur extrêmement intéressant de l'envie d'un certain nombre de personnes – peut-être même d'un très grand nombre de personnes – de participer à quelque chose de chouette où l'on se rend compte que ce ne sont pas des intérêts particuliers qui sont défendus, mais qu'un plus un égale trois. Plusieurs centaines de personnes se sont positionnées pour le projet Nassonia, même sans tout savoir, sous le chapeau de Pro Nassonia. C'est un signal intéressant.

Par quoi va-t-on commencer ? Je ne suis pas capable de faire la cuisine, mais il y a un truc que je fais très bien, c'est la mayonnaise. Je vais vous dire comment je fais la mayonnaise. Je prends deux ou trois jaunes d'oeufs, je rajoute de la moutarde de Dijon, un peu de sel...

Mr Collin, Ministre de l'Agriculture, de la Nature, de la Ruralité, du Tourisme et des Aéroports, délégué la Représentation à la Grande Région.

- On est à Namur, il y a de la moutarde à Namur.

Mr Domb, Président de la Pairi Daiza Foundation. -

Pardon ! Là, je crois que c'est fichu !

(Rires)

Puis-je poursuivre ? J'ai l'habitude de mettre de la moutarde de Dijon parce qu'elle est très piquante, elle est très forte. Comment je réussis ma mayonnaise ?

J'incorpore un minimum d'huile de tournesol et puis je commence à la fouetter jusqu'à ce qu'elle devienne très compacte. J'incorpore progressivement l'huile de tournesol pour faire monter, grandir,  augmenter le volume de la mayonnaise en ajoutant un peu de citron, un tout petit peu de sucre. Apparemment, cette mayonnaise a un certain succès.

C'est exactement la même chose quand on veut monter un projet collectif et que l'on a besoin des autres, ce qui est le cas de la plupart des projets : il y a un démarrage qui est de constituer une équipe de personnes avec lesquelles vous savez dès le départ que vous ne serez pas d'accord, mais avec qui vous allez vous entendre. S'entendre avec des personnes avec lesquelles on n'est pas d'accord pour un projet sur lequel on a envie d'aller ensemble.

La multifonctionnalité de la forêt, ce sont des spécialistes des arbres, des spécialistes de la chasse, des communicateurs, des connaisseurs du tourisme, du Landerneau touristique de Province de Luxembourg que – je plaide coupable – je connais très peu. Bref, un petit nombre de personnes en qui vous avez totalement confiance, avec qui vous savez que les réunions ne seront pas évidentes, mais qui partagent le même rêve, et progressivement élargir le cercle en sachant que les fondations sont solides.

Cela a toujours été ma manière de procéder et je n'en connais pas d'autres qui fonctionnent. C'est celle que je voudrais mettre sur pied si le projet voit le jour. Je dis bien : « Si le projet voit le jour », parce que cela veut dire deux choses. J'aimerais qu'une initiative comme celle-là puisse rassembler les compétences et les enthousiasmes. Nous avons fait la preuve qu'il y a beaucoup d'enthousiasme pour un projet comme celui-là.

Est-ce Nassonia qui sera le gagnant des réflexions au sein de la Région wallonne, l'entourage du ministre Collin ? Forcément, je ne vais pas être hypocrite, je l'espère. Mais si l'on veut travailler de façon irréprochable, ce n'est pas comme cela qu'il faut faire. Je parle sous votre contrôle, Monsieur le Ministre, il faudrait que la Région, si elle estime que ce projet vaut la peine et que cette dynamique de projet vaut la peine, réfléchisse et écrive le cadre dans lequel l'initiative des particuliers puisse s'inscrire avec une autonomie suffisante pour être efficace et un contrôle suffisant pour que cela n'aille pas dans tous les sens. Suite à cela, qu'il y ait un appel à projets auquel nous répondrons s'agissant de la forêt de façon à ce que l'on ne se prive pas des meilleures idées possible et des meilleures équipes possible.

A propos de la mobilité, je me souviens avoir dit en conférence de presse – cela avait effrayé mon conseil d'administration – que je voulais faire le contraire de Pairi Daiza. C’est pourtant le cas. Pairi Daiza représente un problème de mobilité, c'est vrai. Je dirai, pour ma défense, que nous avons créé plusieurs centaines d'emplois directs. Nous avons fait le calcul de ce que l'activité de Pairi Daiza a apporté à notre pays en termes de ressources financières. Pour l'exercice écoulé, cela représente plus de 15 millions d'euros. Ce n'est quand même pas si mal. Nous avons des experts du monde entier qui viennent voir comment il se fait qu’entre Mons et Ath, il y ait un truc qui draine près de 1,8 million de visiteurs par an. C’est pourtant une solution, une réponse au potentiel touristique de notre Région, qui n’est absolument pas duplicable. Je pense que réfléchir au développement touristique dans la province de Luxembourg en termes de gros investissements publics, privés, en concentrant les gens, c’est, à mon avis, ne rien comprendre au potentiel économique et touristique de la Région, de la province de Luxembourg en particulier.

Je le dis sans me qualifier d’expert, vous avez un endroit magnifique à Rochefort, à 20 kilomètres de

Nassogne. Refaire un parc animalier à côté de Rochefort serait pire qu’une erreur, ce serait un crime de faire une chose pareille. Je pense que ce qu’il est intéressant de développer, c’est un véritable maillage entre le plateau des Hautes Fagnes qui descende ensuite vers le centre de gravité que représente le massif ardennais, pour continuer à descendre vers la Gaume, qui est aussi une région magnifique. Je me permets de vous rappeler que mon objectif n’est pas celui d’être un investisseur qui fait un retour sur investissement. Mon objectif, c’est de débuter avec d’autres, et ensuite peut-être, de rapidement passer le relais à une dynamique d’intelligence collective qui tienne et qui utilise le potentiel multifonctionnel de la nature dans notre Région.

Je pense qu’un projet touristique de masse est une faute, et que si l’on veut optimiser le développement économique, il faut créer un cadre qui permette à un grand nombre de personnes de se lancer dans le petit entreprenariat : tous les hôtels, toutes les activités qui peuvent tourner autour de l’hôtellerie et de la petite restauration, toutes les activités qui viennent accompagner des consommateurs de produits touristiques de qualité ,où l’être est, sans doute, de plus en plus important par rapport à la voix, et où l’émotion, le ressenti et l’accueil sont des choses qui sont absolument essentielles. Je crois que c’est cela, l’avenir de notre région. Je pense qu’en termes d’emplois, c’est également porteur. De ce fait, je ne pense pas qu’il y aura de problèmes de mobilité liés au développement d’un projet collectif comme celui de Nassonia.

En ce qui concerne la gratuité – je vais revenir sur ce point-là – cette gratuité doit être maintenue. Je vais la rendre plus effective. Est-ce qu’il y aurait, demain, dans dix ou dans vingt ans, des parties payantes dans la forêt ? Je pense que oui. Je pense que c’est tout à fait normal. Rappelons que le projet que nous voulons mettre sur pied n’est pas le projet d’un opérateur, d’un investisseur particulier, c’est un projet collectif. Pensez notamment à la baie de Somme. C’est tout près de chez nous, c’est un endroit extraordinaire avec un centre d’interprétation à l’avifaune qui est magnifique. Si vous voulez vous balader sur les pontons en bois en baie de Somme, vous allez devoir payer quelque chose, ce qui est la moindre des choses. Il ne s’agit plus simplement de vous promener simplement en famille sur un sentier forestier, il s’agit de bénéficier d’un service offert par des personnes que la forêt va prendre en charge, comme des guides-nature. Il y a déjà un CRIE à Saint-Hubert, dès lors il y a déjà une structure qui existe. Il ne faut pas nécessairement réinventer le fil à couper le beurre, on peut aussi, et il faut peut-être commencer par cela, renforcer ce qui existe déjà aujourd’hui. Il n’y a pas de tabous.

Je pense qu’il est important que les citoyens acceptent de payer pour un supplément de valeur qui doit être soutenable. Sinon, de nouveau, c’est le budget de la Région qui va être sollicité pour financer l’éducation permanente autour de la nature. Cela n’a aucun sens. À périmètre égal, il n’y a aucune raison de transformer une visite gratuite actuelle en une visite payante, mais si, demain, grâce à cet écosystème, grâce à toute cette intelligence collective qui permet à la forêt de rayonner davantage dans ses différentes fonctions, un centre d’interprétation voit le jour, quant à la possibilité de dormir en lisière de la forêt, qu’il y ait une participation aux frais me paraît indispensable, éthique et normal.

J’en viens à une question qui a souvent été posée et qui concerne l’utilisation du bois de chauffage.

Aujourd’hui, les habitants de Nassogne paient pour acheter du bois. Nous pourrions imaginer autre chose, que d’ici quelques temps, ce serait sympa que les habitants de Nassogne, pour commencer par eux, puisque cette forêt appartient à la Commune de Nassogne, puissent prélever du bois sans nécessairement l’acheter, mais qu’en contrepartie, d’une manière ou d’une autre, en nature, ils apportent leur pierre à l’édifice et ils concourent au renforcement de l’écosystème en question. C’est cela, le projet que nous voulons mettre sur pied.

Il y avait une question sur le phasage, exprimée sur le sujet. Cela prendra le temps que cela prendra. La mayonnaise à faire remonter, ce sera un peu plus compliqué. À vrai dire, je ne vois pas qui a à perdre dans cette aventure. Plutôt que de consacrer une partie de notre temps à développer notre entreprise ou à passer plus de temps en famille, on décide de consacrer du temps, en tant que professionnels, à monter un projet avec d’autres professionnels ou avec d’autres personnes qui ne sont plus nécessairement dans la vie active et qui ont quelque chose à apporter à la forêt. Cela dit, tout bien considéré, je ne vois pas précisément ce que nous avons à perdre dans cette aventure.

Concernant la projection chiffrée, je pense avoir déjà répondu. Site ouvert ou fermé, j’y ai répondu également. Restitution à la fin. Voilà une excellente question. Est-ce que quelqu’un d’entre vous peut me dire quels revenus les forêts communales vont générer dans 99 ans ? Allez, franchement, moi je fais un pari. Je pense que les revenus de la chasse vont continuer à diminuer sérieusement. Quant aux revenus de la forêt, je pense qu’il faut être très prétentieux pour dire que rien ne va changer dans les décennies qui viennent. Si nous nous posons la question « que doit-on faire tous ensemble pour que le patrimoine forestier soit le plus élevé possible dans 99 ans ? » « Rassembler l’intelligence collective », cela c’est ma réponse. Si vous demandez : « Garantissez-moi que, en euros constants, cela rapportera autant », on reste dans une logique d’économie historique, à savoir temporaire.

Nous sentons que la meilleure manière de défendre le patrimoine forestier, c’est d’essayer de mettre le moins cher possible, à faibles coûts, toutes les énergies, toutes les intelligences pour prendre les meilleures décisions qui soient.

De même qu’un certain nombre de projets qui sont devenus importants qui ont démarré dans un garage, dans ce cas-ci, cela n’est pas dans un garage, mais dans une forêt. J’ai l’intime conviction, et je l’ai dit tout à l’heure en parlant de mon expérience professionnelle, je suis un grand voyageur. Nous avons ici, en Wallonie, une situation extraordinaire d’avoir autant de diversité de paysages, avec un pouvoir d’achat parmi les plus élevés au monde, sur un territoire aussi petit.

Qu’en est-il de l’implication de la Région ? Ce n’est pas encore la Saint-Nicolas. Je vais quand même vous dire ce que j’ai envie de mettre dans ma chaussette, à savoir que la structure qui devrait être mise sur pied, que ce soit nous qui la pilotions ou un autre groupement, ait un budget de fonctionnement qui permette de payer une ou deux personnes administratives qui assurent la coordination avec les différentes administrations, les différents cabinets, les différentes équipes. Je dirais que l’ADN du projet, c’est de faire en sorte que les pilotes assument eux-mêmes leurs propres frais. Non seulement, je pense que c’est l’éthique même du projet qui le veut, mais en plus, je trouve cela assez sportif d’imaginer qu’une structure légère puisse avoir un effet multiplicateur très important. Croire que l’extension, dirais-je, de dynamiques sociales soit nécessairement liée à un investissement financier est évidemment une erreur. Ai-je besoin d’évoquer le phénomène religieux ? Cela peut aussi se faire dans le bon sens. Cela, c’est l’énergie, le combustible extraordinaire qu’un grand nombre d’entre nous a, mais qui n’est peut-être pas suffisamment mobilisé.

Dès lors, moi, dans ma chaussette je ne vois pas un grand « machin » qui a ponctionné de nouveau la

Région, je veux une structure qui soit un modèle de sobriété et de légèreté. Je suis sûr que cela peut marcher.

Je suis sûr que l’on trouvera plein de gens qui seraient très très heureux de pouvoir accueillir le quartier général de la famille Nassonia, donc il ne faut quasiment pas de moyens financiers.

Le développement social, il est au cœur même du projet. On avait parlé de la réserve intégrale – c’était l’une des dernières questions qui avaient été posées – dans un projet comme celui-là, il faut qu’une partie de la forêt – c’est pour cela que la superficie de la forêt doit être suffisamment importante – puisse devenir un sanctuaire inviolé pour les animaux, mais les frontières de cette réserve intégrale peuvent évoluer. Pour qu’un milieu particulier puisse être de plus en plus résiliant, il faut peut-être commencer par l’aider. Nous savons bien que dans cette partie du monde qui est particulièrement peuplée, même une réserve naturelle, même une réserve intégrale, cela se gère. Elle ne peut pas, pour un bon bout de temps, être livrée à elle-même. Ce n’est pas moi qui parle, mais les scientifiques qui nous aideront à choisir les meilleurs scénarios, mais qui les remettront en cause au fur et à mesure des constatations, des observations qui seront faites. Le sanctuaire sera à géométrie variable.

Je crois qu’il y a, dans un premier temps, une urgence absolue : réduire considérablement le peuplement du gibier dans la forêt. C’est sans doute la première des priorités. Sauf erreur de ma part, j’ai l’impression d’avoir répondu à toutes vos questions, si ce n’est pas le cas, je persiste.

 

Mme la Présidente. - La parole est à M. Desquesnes.

Mr Desquesnes (cdH). - À propos des massifs forestiers, pouvez-vous nous en dire davantage sur ce qui est en gestation du côté du massif forestier  de Saint-Hubert ?

Mr Domb, Président de la Pairi Daiza Foundation. -

J’étais invité, il y a quelques jours, par le Collège provincial de Luxembourg. Mon sentiment, ou bien je n’ai rien compris à cette réunion, c’est que ce n’était pas du tout « Espérons quand même que le projet reste à l’intérieur des frontières de la commune ». J’ai, au contraire, ressenti le désir d’associer le grand Saint-Hubert au projet en question, et cela est assez compréhensible, dans la mesure où le projet ne vise pas transformer en réserve intégrale 1 500 hectares, mais à essayer d’obtenir l’optimum multifonctionnel.

 

Mme la Présidente. - La parole est à M. le MinistreCollin.

Mr Collin, Ministre de l'Agriculture, de la Nature, de la Ruralité, du Tourisme et des Aéroports, délégué à la Représentation à la Grande Région.

- Merci à M. Domb pour l’ensemble de l’exposé et pour les réponses qu’il a communiquées.

Plusieurs parlementaires, dans leurs questions, ont soulevé que le projet leur avait été essentiellement présenté dans la presse et que ce projet leur paraissait avoir été assez évolutif. Effectivement, M. Domb – et c’est évidemment toute son intelligence qui l’inspire – a indiqué que c’est tout d’abord une intuition, que c’est d’abord une volonté, une détermination, qui l’a amené à réfléchir à un projet, qu’il a construit en parvenant à mobiliser toute une série de références scientifiques et de connaissances dans toutes les fonctions qui concerne la forêt.

Cela veut dire que c’est un projet qui, sur le plan concret – et vous l’avez bien exprimé dans vos questions – pose toute une série de paramètres. Je crois qu’il a été déjà largement répondu à cet égard. C’est un projet qui ne peut pas encore se traduire dans des décisions concrètes, voire même dans des investissements. Je pense que l’une des choses que vous aurez certainement retenues de cet exposé, c’est que M. Domb ne se pose pas ici comme un investisseur, contrairement à ce que de nombreuses personnes ont pu croire dès le début en se disant : « Il a tellement bien réussi dans le Hainaut qu’il va venir implanté une nouvelle attraction touristique dans les forets d’Ardenne ». M. Domb se pose comme candidat avec un réseau de partenaires pour apporter sa contribution à une gestion de la forêt qui soit totalement multifonctionnelle, mais qui, pour le citer lui-même, mobilise un engagement citoyen sur un projet qui respecte l’intérêt collectif et qui enrichit l’écosystème forestier.

Lorsque début juillet ou fin juin, j’ai entendu parler, par M. Domb lui-même, de sa démarche – je parle plutôt d’une démarche que d’un projet très concret – j’ai un peu, dans mon esprit, fait le point de la boîte à outils que nous avons pour gérer au mieux la forêt

On a un Code forestier, qui a été voté il n’y a pas si longtemps, et qui consacre son premier article, ou l’un de ses tout premiers articles, à décréter le caractère multifonctionnel de la forêt. La forêt a à la fois une fonction économique, une fonction environnementale, une fonction sociale, une fonction touristique. Par rapport à la connaissance de la forêt, la Wallonie a déjà développé toute une série d’outils : l’un a déjà été cité, c’est le CRIE ; et il y en a d’autres, notamment l’action, pour ne citer que celle-là, de l’ASBL Ressources Naturelles et Développement, mais je pourrais aussi citer d’autres initiatives et d’autres choses qui existent.

Deux démarches ont été entamées il y a quelque temps, la première – M. Desquenes l’a rappelée – c’est une démarche qui a été entamée à l’époque de M. Lutgen, qui avait demandé une étude au professeur Bodson, sur la valorisation touristique des massifs forestiers. Le Gouvernement Wallon a, à l’époque, retenu quatre massifs forestiers, dont le massif de la grande forêt de Saint-Hubert, qui est ici concernée.

Pendant deux ou trois ans, les différents massifs se sont structurés grâce à l’apport de partenaires privés, mais, bien sûr, avec les propriétaires publics concernés, à savoir les communes et, notamment, la Province de Luxembourg pour ce qui concerne le massif de la forêt de Saint-Hubert. Il s’est même constitué en ASBL. Les études spécifiques territoire par territoire ont été faites – et ces études sont encore en cours pour certaines – et les massifs forestiers ont maintenant déposé des projets. La Commune de Nassogne est aussi concernée, puisqu’elle est entièrement reprise dans le périmètre du massif de la grande forêt de Saint-Hubert.

La deuxième démarche est plus récente, mais figure dans nos projets très concrets, puisqu’il s’agit de la démarche de charte de territoire. En fait, on n’a rien inventé : en France, il existe des chartes de territoire. La coïncidence fait que j’ouvrais un séminaire sur le tourisme rural à Gesves vendredi. L’un des orateurs y était venu exposer la charte du territoire du pays de l’Adour. C’est en allant dans les Vosges que l'ASBL Ressources Naturelles Développement est allée étudier ce concept et est venue me le proposer. Dans la convention de travail que j'ai avec l'ASBL RND, il y a plusieurs mois déjà, j'ai inscrit à son programme la définition d'un projet de charte de territoire : une charte de territoire forestier.

Tout cela pour dire que lorsque je rencontre M. Domb et lorsqu'après je suis évidemment attentif à tout le débat qui naît autour de sa démarche, je ne peux qu'être intéressé. Pourquoi ? Je considère évidemment que l'apport de quelqu'un avec son expérience, son enthousiasme, son rayonnement et l'apport aussi du partenariat de toute une série de personnes qu'il peut apporter, c'est une plus-value par rapport à tout ce travail de réflexion et d'action puisque dans certains domaines, on est déjà dans l'action. Je considère vraiment que cela constitue une belle opportunité. Il s’agit d’une opportunité qu’il faut valoriser dans les meilleures conditions possible.

Mr. Domb a dit lui-même qu'il fallait évidemment l'organiser juridiquement de manière à ce que l'on ne puisse pas faire le reproche que ce soit à telle ou telle personne que soit confiée l'une ou l'autre mission ou l'une ou l'autre autonomie. Nous devons l'organiser.

Je pense que nous devons aussi voir quelles sont les faiblesses de notre législation actuelle.

J'en vois une. M. Mouyard, qui connait bien ces législations, l'a relevé tout de suite dans ses questions. Il est clair que le Code forestier, qui est un texte, pour moi, dense, équilibré – c'est pour cela qui a tellement été plébiscité lors de son adoption – a, par contre, omis d'organiser une possibilité de partenariat privé-public. Je n'ai pas participé aux travaux préparatoires à l'époque. Il n'est pas prévu, à côté du régime forestier, pour toutes les forêts publiques, qu'il y ait la possibilité pour la Wallonie de déléguer, sur ses forêts ou sur les forêts des collectivités locales, une partie de la gestion, sous quelle que forme que ce soit, à un partenariat privé.

Je considère, pour ma part, que cela peut-être un enrichissement. On vient de l'entendre. Par rapport à toute une série de démarches que j'ai évoquées déjà, c'est certainement un enrichissement. On ne peut pas faire une charte de territoire forestier sur un endroit particulier sans que le privé soit associé, et pas seulement comme manoeuvre de seconde zone. Il faut qu'il y ait une réelle association. La valorisation touristique des massifs, le secteur privé est et va être en première ligne dans la définition des projets. Je pense qu'il faut réfléchir, et j'ai demandé à mes services de le faire, à la définition de plusieurs formes de partenariats.

Je ne manquerai pas de revenir vers vous dès que l'on aura pu dégager des scénarios juridiques à cet égard.

Je voulais encore dire un mot par rapport à une démarche qui est, justement, aussi en cours et où l'apport qui est proposé serait particulièrement précieux. On a évoqué la problématique du changement climatique. Au printemps, j'ai demandé à mon administration d’établir une convention avec des universités pour que l'on fasse un répertoire précis, non pas seulement de la situation de nos arboretums. Nous en avons quelques dizaines en Wallonie, puisqu'au début du XXe siècle, et même déjà dans le XIXe siècle, d'autres que nous ont déjà pensé à l'avenir à l'époque en diversifiant des plantations dans certains arboretums pour voir quelles seraient les évolutions. Je souhaite qu'il y ait une meilleure valorisation de ces sites, à la fois d'un point de vue scientifique, eu égard aux changements climatiques et eu égard aussi à leurs intérêts pédagogiques, voire même touristiques. Le hasard fait que je serai à Rendeux dimanche pour fêter l'anniversaire de l’arboretum de Rendeux, qui est particulièrement riche en variétés.

Je pense que pouvoir organiser, dans une relation de partenariat privé-public, sous, bien sûr, la responsabilité de l'autorité wallonne, la définition d'endroits qui se verraient réserver des méthodes bien précises et définies par l'ensemble des acteurs et à des conditions, dans des balises tout à fait adéquates, cela peut être quelque chose d'extrêmement intéressant. L'accessibilité, c'est bien sûr important. Vous avez d'ailleurs posé la question. Il faut voir ce qui, à un moment donné, sera proposé comme projet concret.

Pour le moment, je voulais renouveler ici tout l'intérêt que je porte à la démarche de M. Domb et de ses partenaires et souligner qu'il appartient à la Wallonie de pouvoir marquer un intérêt pour la démarche en ne renvoyant pas les seules communes à leurs responsabilités.

Il s’agit d’une démarche qui est d'intérêt général, elle pourrait aussi se traduire dans des choix à géométrie variable au niveau des endroits. Il est clair que le site de Nassogne est intéressant, d'autant plus qu'il se trouve à côté de Saint-Hubert, dans le cadre du projet de valorisation touristique dont j'ai parlé. Je pense qu'il pourrait y avoir un premier travail d'identification de sites potentiels et également peut-être un appel à projets.

Tout cela doit encore être, évidemment, étudié. J'ai souhaité que mes services réfléchissent, à la lumière du projet tel qu'il a évolué et tel qu'il est présenté aujourd'hui, à des possibilités de dégager des formes expérimentales. Il est clair que l'on ne va pas gérer toute la Wallonie et toute la surface. Ici, il s'agit d'expérience et aussi bien calibrer les différentes balises sur l'ensemble des plans : économique, touristique, environnemental, social et financier.

Voilà les quelques éléments que je voulais vous dire de manière à ce que dans les prochains mois, je puisse revenir avec les réflexions concernant la suite des contacts que nous aurons, puisque c'est une réflexion qui devra être partagée avec celles et ceux qui sont au départ de l'initiative, et puis avec le Parlement. Il est, à mon avis, nécessaire, si l'on veut aller dans cette direction, qu'il y ait l'un ou l'autre aménagement au niveau du Code forestier, même si je ne peux pas être complètement affirmatif sur ce sujet-là.

 

Mme la Présidente. - La parole est à M. Mouyard.

Mr Mouyard (MR). - Merci, Monsieur Domb, merci, Monsieur le Ministre, pour les réponses qui ont

été apportées à une partie des questions qui ont été posées.

Monsieur Domb, lorsque vous nous dites que vous n'êtes pas un spécialiste du Code forestier, bien que vous ayez une formation de juriste, c'est logique. Il n'y a aucun mal à cela. Vous avez un spécialiste à côté de vous et nous, on fait ce que l'on peut. On en connaît un petit peu.

À travers les questions que je posais, c'est aussi une volonté à un moment donné de ne pas vous faire perdre de temps inutilement. Certains diront que c'est même un mal wallon, souvent quand on veut faire quelque chose d'un peu différent en Wallonie, c'est vite compliqué, surtout quand le secteur public est concerné.

À travers tout le plaidoyer que vous avez fait, j'entends que vous êtes un vrai passionné. Je le savais quand même un petit peu, mais j'adore les passionnés.

Franchement, ce que vous avez déjà fait mérite le respect et ce que vous avez en tête ici est plus qu'intéressant par rapport à beaucoup d'éléments.

La question que je me pose : est-ce réellement faisable ? C'est à cela que je veux plus ou moins arriver à travers cette discussion. Le ministre, avec précaution, vient de nous dire qu'il va sans doute falloir légiférer. Je réponds au ministre qu'il va falloir légiférer et si ce n'est pas uniquement par un amendement ou une modification du Code forestier, il y aura des décisions du Gouvernement à prendre, immanquablement. C'est à minima, mais cela, c'est légiférer aussi. C'est la possibilité que l'on donne aussi au Gouvernement de le faire.

Il va falloir faire bien attention si l'envie est celle-là puisque vous savez – on l'a dit tout à l'heure – que vous poussez le projet, mais qu'il y en a d'autres qui font tout pour le freiner. Légiférer ouvre la possibilité à des recours. Il y a simplement, tout le monde le connaît, ce que l'on appelle l'effet standstill, c'est-à-dire qu'en normes environnementales, on ne peut jamais revenir en arrière. Dans le cadre des recours, on le met à toutes les sauces. Parfois, cela marche ; parfois, cela ne marche pas.

Quand M. le Ministre nous dit : « J'espère que dans les mois à venir, on y verra un peu plus clair », j'espère que l'on n’est pas en train de dire à M. Domb : « Dans les années à venir, on y verra un peu plus clair ». Tout ce que l'on est en train de discuter ici, au niveau des modifications législatives, cela peut prendre beaucoup de temps. Ce n'est pas forcément quelque chose qui va très vite.

Quand vous disiez : « Le rôle du DNF sera forcément différent », c'est l'un des éléments. Si l'on veut que le rôle du DNF soit différent dans le projet Nassonia par rapport à ce qu'il fait maintenant, là, de nouveau, il faudra trouver l'encadrement législatif pour ce faire.

Je l'apprends – j'imagine que vous ne l'apprenez pas, puisque vous en avez parlé – que maintenant, on essayerait de vous mettre dans un appel à projets.

Soyons francs, on est entre nous, votre idée de départ n'était pas du tout de passer par un appel à projets ?

Vous aviez une idée, il y avait un territoire qui avait été identifié par des personnes, on a pris contact avec vous, vous avez dit : « Oui, c'est quelque chose qui pourrait se faire », avec toute la passion qui est la vôtre, on va essayer de se lancer dans ce projet. Maintenant, la tournure que c'est en train de prendre est un peu plus compliquée que cela. C'est pour cela aussi que le projet a fortement évolué.

Si l'idée passionnante de départ arrive à quelque chose de nettement moins passionnant, je ne suis pas sûr, Monsieur Domb, que vous ne direz pas : « J'aurai quand même tout essayé, mais cela commence à bien faire ». Honnêtement, ce serait dommage. Il faut vraiment réfléchir à toutes les solutions possibles et inimaginables pour pouvoir arriver à quelque chose d'intéressant d'un point de vue environnemental, écologique, de notre avenir, l'avenir de nos enfants, l'avenir de nos forêts. Je pense qu'il faut essayer trouver ce type de solution, mais pour essayer de les trouver, il ne faut justement pas trop s'enfermer dans certains carcans.

Je me souviens d'avoir lu un article. Les sommes qui étaient avancées, ce que Nassonia pourrait payer à la commune, on était – je n'ai plus les chiffres en tête et je ne les ai pas repris – à plusieurs centaines de milliers d'euros ; à 200 000 ou 300 000 euros en-dessous de ce que la vente du bois, plus les rentrées de la chasse leur rapportaient. Imaginez une commune comme Nassogne, si on leur dit : « Dans votre budget, vous avez 300 000 euros en moins », c'est invivable pour eux, en tout cas à court terme.

À euro constant, je suis d'accord avec vous, je ne sais pas vous dire ce que les revenus de la chasse donneront d'ici quelques années et encore moins ce que les revenus sylvicoles donneront d'ici quelques années.

Mais pour l'instant, c'est cela, cela leur rapporte x centaines de milliers d'euros par an.

À moins que la Région ne dise déjà maintenant :

« Pour cela, on va essayer de trouver une solution » ou alors vous nous dites : « Non, finalement Nassonia a plus d'argent que prévu et payera au moins ce que la commune touche pour l'instant ». Je sais qu'il y aura des analyses à faire pour voir quel est le revenu exact de ce massif forestier. Il suffit de voir combien ont rapporté les ventes de bois ces quelques dernières années, faire une moyenne. La chasse, on sait plus ou moins combien cela rapporte, et cetera.

Si la volonté est de dire : « On a trouvé les fonds nécessaires et l'on met autant », alors pour la Commune de Nassogne, il ne devrait plus y avoir, à mon sens, beaucoup de problèmes. Mais je suis intimement convaincu que vous seriez beaucoup plus à l'aise pour ce type de projet dans des conditions privées et non publiques. J'entends bien, vous dites : « Je ne veux pas me comporter comme un investisseur », c'est très bien.

Maintenant, je pense que l'on peut très bien gérer une forêt et montrer l'exemple en termes de gestion d'une forêt tout en étant propriétaire de cette forêt. L'un n'est pas forcément contre l'autre. Je connais des propriétaires forestiers qui sont des exemples de gestionnaires en termes de gestion sylvicole et en termes de gestion cynégétique.

Aller donner quelques centaines de milliers d'euros par an à une commune ou aller donner quelques centaines de milliers d'euros à un organisme financier pour rembourser un emprunt pour avoir pu acheter un massif forestier, j'ai envie de vous dire que c'est un peu la même chose. Dans les montants qui sont les nôtres aujourd’hui, les montants dont on parle, vous comptez mieux que moi, vous voyez la possibilité d'emprunt : elle est relativement importante.

Tout à l'heure, on faisait référence aux Épioux. Je n'ai pas envie de vous pousser vers les Épioux et de vous dire : « C'est vraiment cela que vous devez acheter ». C'est parce que l'on en a parlé dans la presse, j'ai cru comprendre que le CPAS de Mons voudrait vendre avec le château et tout cela, mais il y a peut-être encore d'autres forêts, d'autres endroits tout aussi intéressants, plus grands ou plus petits. Ici, l'avantage est qu'apparemment, on serait au niveau du nombre d'hectares plus ou moins dans la même superficie.

En ce qui concerne la régulation du gibier, j'ai un peu peur. Ce dont on est en train de parler pour l'instant prendra encore beaucoup de temps. Je le sens, cela va prendre encore beaucoup de temps. Si l'on ne fait pas attention, pendant ce timing, à la gestion cynégétique, on va vers une vraie catastrophe. Il suffit d'avoir la fructification qu'il y a encore cette année-ci, la glandée qu'il y a encore cette année-ci, je ne suis pas vraiment sûr que les agriculteurs autour de Nassogne seront très heureux – et ils ne le sont déjà pas fort pour l'instant, ils le seront encore moins après.

Monsieur Domb, je vous en supplie. Je suis persuadé que quand vous dites que vous êtes bien entouré que vous en êtes certain, sûr et convaincu. Vous nous avez dit que vous n'étiez pas un pro-chasse et je peux tout à fait le comprendre. Vous vous êtes entouré de personnes qui ont une certaine connaissance au niveau de la chasse, mais les personnes qui vous entourent – on les connaît quand même – ont une vision de la chasse bien spécifique. Je ne dis pas qu'elle est contraire à ce qui doit se faire, mais à vouloir être trop radical, on sait ce que le radicalisme parfois peut nous apporter. Je vais sans doute vous décevoir, mais le nourrissage intensif, cela n'existe pas en Wallonie. Vous ne trouverez pas un texte de loi qui parle du nourrissage intensif. Il y a deux sortes de nourrissage permis par la loi : un qui n'est presque pas utilisé, c'est le nourrissage supplétif, pour les cervidés, quand on a des hivers très rigoureux ; l'autre nourrissage, c'est le nourrissage dissuasif qui a été fortement réduit ces dernières années qui, comme le nom l'indique, vise à dissuader le gibier d'aller manger les cultures des agriculteurs qui, je pense, ont autre chose à faire que de planter pour nourrir le gibier. C'est à cela que sert le nourrissage dissuasif. Il a tellement été balisé ces dernières années. Je vois que vous nous le dites avec toute la croyance qui est la vôtre, mais sur ce sujet-là, on vous a induit en erreur. Ce n'est pas possible autrement qu'un homme aussi intelligent que vous, à un moment donné, puisse aller dans ce type de pensée. Je ne dis pas qu'il n'y a pas quelques personnes qui ne respectent pas la loi. Vous savez, concernant le Code la route, les chauffards on les sanctionne tout simplement.

Y a-t-il quelques chauffards au niveau des chasseurs ?

Sans doute. Il y a l'UAB, l'Unité antibraconnage, eh bien qu'elle fasse son travail. Elle ferait bien parfois de le faire un peu mieux et sanctionner ces personnes.

Au niveau de la manière de chasser, il n'y a pas 36 solutions. Il y a simplement l'affût où l'on fait vraiment de la sélection de gibier, il y a la poussée silencieuse que vos conseillers vous conseillent et alors, la battue à cors et à cris. À un moment donné pour faire descendre fortement la densité de gibier, il n'y a pas 36 solutions, il faut en tirer beaucoup. L'affût, non, c'est de la sélection.

La poussée silencieuse, elle a ses limites. Il y a une expérience pilote du côté d'Anlier, dont on peut constater qu’elle montre rapidement ses limites. C'est sans doute un peu barbare, mais c'est comme cela, on en a parlé tout à l'heure, il n'y a plus de grands prédateurs.

C'est la battue à cors et à cris qui, en termes de pression cynégétique, a montré jusqu'à présent les meilleurs résultats.

Pour en terminer, c'est vrai que je reviens deux secondes sur les Épioux. Vous êtes resté peut-être volontairement très évasif dans votre réponse. Est-ce une solution B ou pas ? Je reviens un petit peu à ce que je disais au départ.

Même avant que le projet soit mis en place, j'ai envie de vous remercier, et croyez-le bien, pour la volonté de ce que vous avez envie de faire pour la forêt wallonne. C'est extraordinaire.

Je vous remercie.

 

Mme la Présidente. - La parole est à M. Evrard.

Mr Evrard (MR). - Merci en tout cas pour votre exposé et votre présence. Quelques réflexions qui seront du même bois, si vous me permettez l'expression, que celles de mon collègue, M. Mouyard. Je vous félicite pour le projet et l'initiative qui, à titre personnel, ne me posent pas de problème quand on regarde quelque part le côté expérimental. Je pense qu’il est important aussi de le rappeler au grand public et le mettre en opposition de cette volonté de parfois vouloir généraliser, si l’on fait un parallèle notamment avec ce qu'il se passe dans les circuits courts, qui représentent 3 % grosso modo de l'activité économique. Je me focalise sur l'aspect économique. Il est clair aussi et vous 'avez dit que votre projet peut répondre à des attentes de citoyens qui ont certaines aspirations.

Là où je suis un peu plus dubitatif, et je me répète, c’est que l’on a parfois le sentiment que l'on remettrait en cause, dans vos propos – et ce n'est sans doute pas sciemment que vous le faites – tout le travail de nos aïeuls. J'ai un profond respect pour le travail qui a été fait par nos aïeuls, qui ont façonné la forêt d'aujourd'hui.

On peut avoir chacun son appréciation sur cette question, mais j'observe que c'est une des ressources que l'on maîtrise en Wallonie, contrairement à la sidérurgie, par exemple. Aujourd'hui, on a toutes les ressources en Région wallonne et on sait que l’on doit trouver de nouveaux modèles pour notre société, mais à travers votre aura, votre mérite, je me permets d'attirer votre attention sur le fait que cette volonté de généraliser la technique et de dire à certains moments : « Tout ce que l'on a fait jusqu'à présent, ce n'est pas bien fait », ou c'est mal fait, ou il faut revoir les choses, cela peut parfois être mal perçu.

Je suis d'accord avec vous sur la difficulté. Personne n'a de boule de cristal sur la manière d'évaluer la situation dans une centaine d'années. C'est vrai pour la valeur, même si les méthodes de production et les dispositifs que cela engendre peuvent se quantifier d'une certaine manière. On pourrait parler plus longuement du côté irréversible de certaines techniques. Ce constat est aussi vrai, notamment dans tout ce qui concerne l'expérimentation. Vous avez cité des universités. Il y a des tas de gens qui veulent être associés, par rapport aux aspects du réchauffement climatique, pour tirer une série d'enseignements qui ne vaudront que ce qu'ils valent. Il faut se rendre compte qu'à l'échelle de la forêt – c'est bien là la difficulté – si l'on arrive à un certain type de conclusions à un moment X, il est clair que dans la mise en oeuvre d'un certain type de recommandations, on est reparti pour une période de 100 ans. De la même manière, rien ne peut nous garantir que ce qui a été décidé à un moment sera pérenne et empreint de bons choix.

Je citerais, comme anecdote, les pluies acides. Il y a quelques années, on parlait des pluies acides tous les trois jours dans les journaux. Je sais que beaucoup de scientifiques ont pu aller chercher notamment des sources de financements intéressantes, puisque l'on tirait la sonnette d'alarme. Je n'ai pas le sentiment – ou au risque de me tromper et sans être un spécialiste de la matière – qu'aujourd'hui, on a fondamentalement changé la composition, que les pluies ont réellement moins d'effets sur nos forêts que lorsque l'on en a parlé de manière intensive.

Enfin, je pense – et c'était le mot de conclusion – que votre volonté d'arriver à un optimum multifonctionnel – vous conviendrez avec moi – c'est relativement subjectif. Je crois que finalement le défi, c'est peut-être d'essayer de quantifier – c'est peut-être ma formation qui veut que l'on essaie toujours d'être un petit peu cartésien – et de définir cet optimum multifonctionnel. Vous l'avez rappelé. Chacun a sa vérité. Quels sont quelque part les critères d'équilibre que l'on doit atteindre dans la diversité de la vocation forestière ?

Un petit clin d'œil pour conclure : je ne manquerai pas en tout cas de relire le compte rendu de la séance. Je dois vous faire une confidence : je rate ma mayonnaise une fois sur deux, je ne manquerai donc pas de tester votre technique culinaire.

Merci pour votre intervention.

 

Mme la Présidente. - La parole est àM. Desquesnes.

Mr Desquesnes (cdH). - Merci, Monsieur Domb, pour les explications et l'éclairage que vous avez donnés sur votre projet. Je pense qu’il était hautement intéressant de se rendre compte de la dimension innovante de ce projet.

Demain ou après-demain, la concrétisation de ce projet montrera-t-elle que c'était la bonne voie ou pas ?

On sent bien aujourd'hui que l’on ne peut plus rester sur les modes de gestion de la forêt version XIXe siècle. Le Code forestier a lui-même été modifié en profondeur.

Cela appelle à de nouvelles façons de penser et d'imaginer la relation entre la forêt et l'homme dans notre Région. Je pense que le projet ici, à la fois, sur 1 500 hectares, à la fois sur une perspective à 100 ans, est nécessaire. Aujourd'hui, on ne peut pas dire que l'on continue as usual, comme si de rien ne changeait, comme si le monde autour de nous ne bougeait pas. Je trouve que des projets comme ceux-là, il faut leur donner leur chance pour qu'en Wallonie, on soit pionnier et que l'on sache bien préparer demain et après demain.

Pour ma part, cela m'a convaincu de la nécessité d'être aux côtés des porteurs de projets, que ce soit le vôtre ou d'autres. Je pense que le rôle de la Wallonie est bien d'être aux côtés de ceux-ci. Quel est le risque que nous prenons ? C'est un risque finalement extrêmement limité, si ce n'est celui de l'audace.

 

Mme la Présidente. - La parole est à M. Prévot.

Prévot (PS). - Merci, Madame la Présidente. Merci, Monsieur Domb, pour toutes ces explications et les réponses apportées à nos questions.

En préambule de ma première intervention, j'avais dit que ce projet, in fine, nous ne le connaissions que par voie de presse. Dès lors, il était important pour nous de vous entendre ici. Je pense, et tous les acteurs autour de la table aujourd'hui peuvent vous l’accorder, vous êtes un passionné. Cela, on le sait. Croire en son projet et mettre l'énergie nécessaire pour qu'il aboutisse, je pense que c'est 50 % de la réussite. Vous comprendrez donc que ce ne sont pas ces 50 % qui m'inquiètent. Ce sont plus les autres, avec ces nombreux points d'interrogation que l'on entend. On a entendu M. le Ministre avoir un discours rassurant, mais on entend bien aussi que derrière et avec les différents problèmes que l'on a pu soulever, évoquer, cela risque peut-être de prendre du temps.

On espère que des gens comme vous, et je reviendrai tout à l'heure sur le point de la mobilité, qui avaient envie de concrétiser des projets qui sont aussi une belle vitrine pour notre Wallonie, la difficulté c'est que vous vous essouffliez à un moment donné et que cette belle énergie qui vous anime aujourd'hui ne soit empruntée, dans les mois et les années à venir, si le projet devait mettre du temps à voir le jour. C'était la raison pour laquelle je vous parlais du site des Épioux – on en a parlé dans la presse – mais il y en a peut-être d'autres aussi. Il importe aussi de voir jusqu'où vous allez aller dans votre débauche d'énergie pour ce projet Nassonia, et qu'à un moment donné vous allez vous dire : « Je ne vais pas continuer à me battre contre des moulins à vent pendant des années et j'ai peut-être d'autres choses à faire et certainement d'autres projets à mener ». C'était une des interventions que je voulais faire aujourd'hui, et le fait que vous n'ayez pas été plus loin dans la réponse par rapport aux Épioux montre que vous mettez en tout cas pleinement les efforts sur Nassonia.

(Réaction d'un intervenant)

D'accord. Donc vous continuez quand même à courir deux lièvres à la fois, quoi qu'il arrive. Mais vous avancez, vous investiguez, en tout cas.

Pour revenir sur le problème de mobilité, je vous remercie et je pense que c'est une bonne chose de vous dire que vous n'allez pas reproduire le modèle de Pairi Daiza, parce que Pairi Daiza est unique et que pour Pari Daiza, les problèmes de mobilité ont été générés par son succès et je pense qu'en 1994, quand Paradisio a vu le jour, il fallait vraiment être un très grand visionnaire et peut-être vous attendiez-vous à voir Pairi Daiza aujourd'hui, mais je pense que de ces quelques volières qui sortaient de terre à l'époque, voir maintenant le site avec ses 1 800 000 visiteurs chaque année, je pense qu'effectivement l'on a pardonné beaucoup à Pairi Daiza parce que c'est Pairi Daiza. Parce que vitrine de la Wallonie, parce que génératrice d'emplois. Par la suite, on a essayé de résoudre ces problèmes de mobilité, mais on a pardonné beaucoup parce que c'était une successstory dont tout le monde était fier.

Je pense qu'à un moment donné, l'on pouvait en tout cas passer sur ces problèmes de mobilité. Ici, le fait que vous nous disiez que vous alliez procéder de manière inverse et dès lors anticiper quelque peu sur les problèmes de mobilité, sont de nature à mon avis, à rassurer les riverains. Et encore une fois, je suis non suspect, n'y habitant pas. Cela ne me posera que très peu de problèmes.

Une nouvelle fois je veux vous remercier et vous souhaiter plein succès dans la poursuite de vos projets à venir et en espérant peut-être à nouveau vous entendre dans quelques mois pour nous présenter peut-être ce projet Nassonia ou autre.

 

Mme la Présidente. - La parole est à M. Puget.

Mr Puget (Indépendant). - Effectivement, Monsieur Domb, je vous remercie d'avoir répondu à toutes les questions. Je n'ai pas compris pourquoi vous avez dit « à presque toutes les questions », car je pense que vous avez répondu à toutes les questions.

Mon collègue a demandé tout à l'heure : « Est-ce réalisable ? » Je pense que c'est justement pour cela que vous êtes aussi motivé, connaissant l'entrepreneur que vous êtes, « est-ce réalisable, mettez-moi au défi, on va le réaliser ».

Je pense que vous l'avez déjà prouvé une fois avec Paradisio, on y est revenus tout à l'heure, mais je suis certain que l'on vous a dit « est-ce réalisable ? » et vous avez dit « Tu vas voir, si je ne vais pas le faire ! », et vous l'avez fait.

De ce côté, je n'ai pas beaucoup de souci. Par contre, les projections chiffrées, j'ai bien entendu dans vos réponses que vous pensiez peut-être que j'avais un a priori négatif sur ce projet. Pas du tout. C'est simplement des questions légitimes, mais il faut savoir aussi que nous, nous sommes les garants de l'argent public. Donc si le public doit intervenir, si peu que le public intervienne, le Parlement en tout cas a un droit de regard et doit donner son avis. Donc je trouve qu'il est quand même relativement important de partir sur un projet tout en sachant ce que l'on demande à la Région wallonne, ce que l'on demande au Parlement et quel soutien l'on demande pour que nous puissions prendre une position aussi.

Vous avez dit, deux ou trois emplois, moi je serais déjà content. D'accord, mais cela doit quand même être chiffré et par la suite, quelle sera l'utilisation de l'argent public. Vous comprendrez aussi que c'est notre rôle d'en contrôler le bon usage. Mais comme je vous l'ai dit, j'ai un a priori tout à fait positif et si j'avais des questions à vous poser c'est que j'avais discuté avec des gens de Nassogne et que j'ai lu aussi la presse.

C'était vraiment intéressant d'avoir une présentation ici et de nous transmettre votre passion en direct et non pas à travers les journaux.

Par contre, j'ai quand même un petit souci quand j'entends ici mes collègues. J'espère vraiment – et c'est un avis tout à fait personnel, et je vais encore me faire huer, mais j'aime cela, que voulez-vous, quand on est tout seul, c'est toujours plus facile de taper sur le petit – que la politique ne s'en mêlera pas trop, Monsieur Domb, et que vous réussirez votre projet.

Je vous remercie.

 

Mme la Présidente. - La parole est à M. Henry.

Mr Henry (Ecolo). - Toutes mes excuses d'avoir dû vous quitter tout à l'heure, vu la concomitance des commissions.

Je voulais vraiment quand même intervenir pour remercier M. Domb d'avoir, d'une certaine façon, mis les pieds dans le plat, ou pour reprendre une métaphore plus forestière, taper dans la fourmilière. Je pense, encore aujourd'hui, mais il y a eu beaucoup d'étapes avant, notamment médiatiques, que vous avez ouvert beaucoup de questions, que vous avez ouvert du débat sur la manière de gérer nos forêts, les possibilités d'y mener des projets, les questions qui se posent sur le long terme. Et cela a toujours été un type de manières pour lesquelles il faut spécialement prendre en compte le long terme. Mais aujourd'hui, face aux changements climatiques, il y a évidemment de nouvelles questions qui se posent.

C'est vrai qu'en politique, venir avec un projet à 100 ans, ce n'est pas habituel et l'on ne sait pas très bien par quel bout le prendre. Donc je voudrais vraiment vous remercier pour cela parce que je pense que c'est un projet vraiment enthousiasmant, ce projet que vous avez présenté dans un premier temps, et l'on peut même regretter que les pouvoirs publics n'aient pas initié ce type de réflexion, ce type de projet beaucoup plus tôt.

En même temps, comme j'avais déjà eu l'occasion de le dire aussi lors d'une question à M. le Ministre précédemment, j'ai été surpris aussi de la vigueur du débat, des questions qui sont posées, des craintes multiples qui sont évoquées par les uns et les autres. Je pense que beaucoup de ces craintes sont légitimes, en tout cas c'est important d'avoir un bon niveau de discussion et de transparence et je sais que vous avez pris différentes initiatives notamment en allant rencontrer les citoyens à Nassogne, de cet ordre-là.

Par définition, faire en sorte qu'un projet qui va être décidé – pour autant qu'il se fasse dans les prochaines années – pour une période de 100 ans, c'est extrêmement difficile de rassurer tout le monde. Et je pense que là, le rôle de M. le Ministre ne sera pas facile.

Je pense qu'il le mesure bien, j'ai bien entendu ce qu'il a dit et donc on sent bien qu'il y a beaucoup d'enjeux, beaucoup de points compliqués à prendre en compte.

Forcément, l'on ne peut pas tabler uniquement sur votre bonne volonté ou sur votre conviction personnelle dans laquelle je crois personnellement, pour mettre en place un système qui va valoir pendant 100 ans.

Évidemment, on doit avoir un outil juridique qui rassure les uns et les autres et je pense que par rapport aux questions, par exemple, que M. Mouyard évoquait de savoir quels seront les revenus potentiellement de la vente du bois dans les prochaines décennies, en fait, personne ne sait vraiment l'établir. Il y a évidemment un certain nombre d'inconnues qu'il n'est pas possible de planifier à 100 ans. Je pense que ce qui est vraiment très important c'est que l'on travaille à la fois dans la transparence et que l'on respecte un certain nombre de balises, qu'il y ait un esprit du projet, que cela se retrouve quelque part et que les uns et les autres soient rassurés à la fois par la forme juridique, mais aussi par tout ce qui entoure le projet et ces différentes balises, qui, peut-être, vont devoir être un peu affinées avec le temps, parce que justement, l'on ne peut pas prévoir tout ce qui se passera sur 100 ans.

Dans ce cadre-là, c'est clair qu'il y a notamment la question des différents usages de la forêt, de l'accès des uns et des autres, de l'évolution de la forêt face aux changements climatiques, qui constituent, effectivement, des questions très importantes à prendre en compte, bien entendu.

Je ne vais pas refaire tout le débat parce que je lirai évidemment avec attention vos différentes réponses et je pense qu'il y aura d'autres occasions encore. Bien entendu, M. le Ministre a annoncé des étapes suivantes sur base des analyses que vous avez commandées. Il y aura certainement d'autres lieux de débats.

J'espère que ce projet pourra mûrir et, à la fois, garder son ambition initiale. Parce que j'ai vraiment été frappé quand vous avez présenté le projet initialement d'une réserve intégrale.

Maintenant, on voit bien qu'il faut tout de même nuancer, puisqu'il y aurait probablement différentes parties du territoire, et, en même temps, une réserve intégrale sur une partie de 1 500 hectares, ce n'est pas totalement une réserve intégrale, parce qu'il y a quand même des choses à gérer, vous l'avez reconnu, et cetera.

Il y a beaucoup de curseurs qui sont encore un peu interrogatifs et je pense que c'est vraiment très important que le projet, s'il peut se concrétiser, puisse évoluer vers quelque chose d'équilibré entre les différents acteurs, rassurer les uns et les autres pour devenir vraiment un projet positif, certainement pour la commune qui l'accueillera, mais plus globalement pour la Région, une vraie expérience-pilote, une vraie vitrine, même à l'échelle internationale et que nous puissions réconcilier les ambitions que vous annoncez par rapport à certaines craintes évoquées à ce stade de la discussion.

 

Mme la Présidente. - La parole est à M. Domb.

Mr Domb, Président de la Pairi Daiza Foundation. -

Qu'il y ait un enjeu régional, dans mon esprit, le montant du loyer à verser à la commune doit être au moins égal aux revenus forestiers. D'après les dernières informations que j'ai reçues, il semblerait même que le loyer qui avait été envisagé au départ est largement supérieur aux revenus forestiers qui concernent la partie de la forêt en question.

Sur le plan des principes, je vous rejoins tout à fait.

Ce n'est pas à la commune...

Mr Mouyard (MR). - Mais vous êtes d'accord avec moi, qu'au début, on n'y était pas. Dans les premiers articles que j'ai lus – si vous me permettez, Madame la Présidente, comme cela on gagne du temps – sur le dossier, la commune se plaignait que ce qu'on lui proposait était inférieur à la vente de bois et aux rentrées financières de la chasse.

Mr Domb, Président de la Pairi Daiza Foundation. -

Vous savez, ce que l'on lit dans la presse ne correspond pas nécessairement à la réalité, vous le savez mieux que moi. Ce qu'exprime un mandataire politique, comme un entrepreneur, ne correspond pas non plus nécessairement à la réalité.

D'après les dernières informations dont je dispose, je confirme ce que vous dites. Effectivement, le Bourgmestre de Nassogne a déploré, à plusieurs moments, que ce que nous proposions dans ce qui était à l'époque une convention directe de bail emphytéotique entre la Fondation Pairi Daiza et la commune était inférieure aux revenus forestiers. Mon sentiment est qu'il en est tout à fait autrement que ce qui a été dit. De toute façon, une évaluation a été faite et ce sont des éléments objectifs qu'il va falloir pouvoir mettre sur la table.

Concernant les Epioux, à aucun moment je n'ai envisagé de « jouer » la forêt des Epioux contre la forêt de Nassogne. C'est vrai que dans un projet comme celui-là, il y a des moments de découragement. J'ai effectivement cru et même été persuadé que la messe était dite à Nassogne, mais ce sont deux forêts tout à fait différentes, qui elles-mêmes, avec près de 3 200 hectares si l'on additionne les deux, ne représentent qu'une infime partie de la forêt wallonne.

Je n'ai jamais voulu « jouer » les Epioux contre Nassogne. J'espère sincèrement qu'il est possible de monter un projet pilote sur les deux massifs.

Sur les balises, bien entendu, ces balises sont absolument indispensables. Les balises que nous voulons nous-mêmes poser à notre marge de manœuvre sont assez importantes.

Une chose que j'ai entendue et lue à plusieurs reprises et qui me déplaît souverainement, parce que, honnêtement, je ne voudrais pas partir en vacances avec le gars qui joue les donneurs de leçons à des gens qui travaillent dans la forêt et travaillent le bois depuis des décennies. Cette personne est absolument insupportable, mais ce n'est pas moi. Jamais je n'ai voulu jouer les donneurs de leçons.

Je dis en revanche que c'est assez classique que l'on aborde avec méfiance, voire agressivité, des démarches nouvelles. Une démarche peut être nouvelle sans être donneuse de leçons. Ce que je ne comprends pas de certains opposants, pour un autre projet qui travaille dans la filière bois et qui, à mon avis, a surtout des comptes à rendre, ou à demander à des chasseurs qui nourrissent, de façon dissuasive comme vous dites, le  gibier et n'en tuent pas assez, ce qui a un impact immédiat sur la valeur du patrimoine forestier en question... Je m'interroge sur l'attitude de certains acteurs de la filière bois, alors que je n'ai jamais émis la moindre opinion sur l'avenir de la filière bois, sinon qu'il fallait l'encourager. Je ne comprends pas cette hostilité qu'un certain nombre de personnes, travaillant dans ce domaine, ont eue contre notre projet.

Mr Mouyard (MR). - Monsieur Domb, si vous le permettez, c'est très simple. Effectivement, une surdensité de gibier occasionne des dégâts à la forêt et c'est pour cela qu'il faut, à certains endroits, absolument diminuer les densités, sinon l'équilibre n'est pas maintenu.

Mr Domb, Président de la Pairi Daiza Foundation. - Bien sûr.

Mr Mouyard (MR). - Si vous laissez entendre que la gestion forestière qui va être la vôtre, est du Pro Silva et rien que du Pro Silva, forcément, vous aurez une grosse partie de la filière bois contre vous, qui déplore déjà le manque de bois en Wallonie, qui doit déjà aller le chercher autre part et qui est persuadé – je pense qu'ils ont un peu raison – que si l'on ne fait que du Pro Silva, il va y avoir un grand problème.

On a peur d'un projet-pilote, parce que l’on se dit : « Attention, le projet-pilote, après cela devient la généralité ».

Mr Domb, Président de la Pairi Daiza Foundation. -

Cela deviendra la généralité qui si cela fonctionne.

Mr Mouyard (MR). - Cela pourrait devenir la généralité. On a eu une grande discussion ici au sein de cette commission sur la gestion forestière. On a eu tous les avis ici autour de la table et l'on a eu des hauts représentants du DNF qui sont venus nous parler. Il y a une majorité, je pense, au sein du DNF qui est persuadée que l'avenir de la forêt wallonne, c'est le Pro Silva, mais la filière bois ne veut pas l'entendre. Chacun aura son avis sur la question. Si vous allez fort dans ce sens, forcément, vous allez vous mettre beaucoup de personnes à dos, tout simplement.

Mr Domb, Président de la Pairi Daiza Foundation. -

Même si nous ne voulons faire que du Pro Silva sur le massif de Saint-Hubert – ce qui n'est pas le cas – je pense que ce serait une expérience extrêmement intéressante. De deux choses l'une : ou cela fonctionne, ou cela ne fonctionne pas. Cette espèce de condamnation, au départ, d'un projet-pilote qui porte sur une infime partie de la forêt wallonne, alors que nous voulons simplement réunir des intelligences diverses – je ne parle pas de la mienne, évidemment. La seule dont je puisse prétendre est de rassembler ces personnes sans idéologie. Je ne suis, personnellement, pas du tout un idéologue d'une technique plutôt qu'une autre.

Il faut promouvoir la recherche pratique. C’est dans l’intérêt de tous. Promouvoir cela se fait sur une infime partie du territoire. On verra bien si c'est une technique qui est effectivement soutenable.

Quant au gibier, je dis simplement une chose : « Y a-t-il trop de gibier ? » Oui, il y en a beaucoup trop par rapport à ce que peut absorber la forêt, et singulièrement le patrimoine économique de la forêt, pas seulement la biodiversité. Il y en a beaucoup trop. C'est un problème qu'il faut rencontrer.

Ce que je ne comprends pas – je sais que vous allez m'éclairer maintenant et j'en suis ravi – c'est comment certains peuvent défendre simultanément, au même endroit, le fait qu'il y ait beaucoup trop de gibiers – ce qui est exact – et le nourrir. Je ne comprends pas cela.

 

Mme la Présidente. - La parole est à M. Mouyard.

Mr Mouyard (MR). - Je prends l'occasion qui m'est donnée pour répondre. C'est très simple. L'augmentation du gibier n'est pas simplement wallonne, elle a à voir notamment avec le réchauffement climatique, l'évolution environnementale. Il y a maintenant quasi presque toutes les années, des bonnes fructifications, des bonnes glandées qui nourrissent formidablement bien le sanglier. Avant c'était tous les trois, quatre ou cinq ans. Le principe du sanglier est que plus vite il a un certain poids, plus vite il est fertile. C'est la première chose.

On a un découpage de la forêt comme on n'a jamais eu à cause de l'urbanisation de notre territoire. On ne sait plus chasser comme on chassait forcément avant.

C'est pour cela que maintenant, par exemple, on est à Namur, la Citadelle, un endroit qui est très urbanisé, il y a plein de dégât de sangliers et l'on ne sait pas les chasser, puisqu'ils sont entre les maisons. Cela devient très compliqué.

Pour répondre à votre question : pourquoi les nourris-t-on ? Comme le terme l'indique, le nourrissage dissuasif, c'est parce que les dégâts provoqués aux cultures, qui doit les payer ? Ce sont les chasseurs. La loi de 1961 prévoit cela. Le chasseur dit : « Je vais les nourrir, parce que la nourriture que je donne coûte moins cher que de devoir indemniser le fermier. J'espère que quand je vais aller chasser, ils seront présents et je vais pouvoir diminuer le plus possible la densité de gibiers ». Pour les personnes qui nous reliront, le nourrissage, ce ne sont pas des grands bacs et l'on vient les tirer sur le nourrissage. Tout cela est excessivement réglementé, excessivement compliqué et les autorisations sont très difficiles à avoir, même dans un bois privé, si vous voulez nourrir le gibier, vous devez ouvrir la forêt en contrôle en permanence au DNF.

C'est uniquement pour encore mieux faire son rôle de régulateur. Je reviens sur ce que je disais tout à heure, Monsieur Domb, évidemment, il y en a quelques-uns qui ne le jouent pas le jeu. Mais cela c'est dans tout, même dans notre profession, il y en a quelques-uns qui ne jouent pas le jeu. Ceux-là il faut être en capacité de les sanctionner.

Comme j'ai l'habitude de le dire, au niveau des problèmes de dégâts de gibiers, il ne faut surtout pas opposer les agriculteurs et les chasseurs, car ils ont exactement le même problème, mais dans un sens tout à fait contraire, et l’on doit tout faire pour essayer de régler ce problème-là.

C'est une de mes craintes dans votre projet. Si votre projet provoque encore une surdensité de gibiers – et là je me rends bien compte que vous n'êtes pas en capacité de l'apprécie – et c'est une de mes craintes, je ne suis pas sûr que l'on va pouvoir mieux réguler avec ce qui va être fait que ce qui est le cas à l'heure actuelle. C'est une de mes craintes. Après, nous nous reverrons peut-être dans un ou deux ans et je vous dirai, M. Domb je me suis trompé, chapeau.

Sur ces points bien précis, vous ne m'apportez pas beaucoup de réponses pratiques et technique, c’est normal, vous n'êtes pas chasseur...

Mr Domb (Président de la Pairi Daiza Foundation). -

Je ne suis pas en capacité surtout.

Mr Mouyard (MR). - Je veux dire, vous êtes entourés de personnes qui sont censées vous épauler dans ce travail-là.

Certaines de ces personnes ont une vision radicale de la chose, je me permets de vous dire – on ne se connaît pas, j'espère que nous pourrons continuer cette discussion dans d'autres cénacles – faites quand même attention.

 

Mme la Présidente. - La parole est à M. Domb.

Mr Domb (Président de la Pairi Daiza Foundation). -

Je pense que nous sommes d'accord sur quasiment l'essentiel : il y a beaucoup trop de gibier.

Vous savez, il n'y a pas que les champs qui ont à pâtir de cela. L'équilibre...

Mr Mouyard (MR). - Il y a la forêt qui risque également des dégâts à cause de la dsurensité, je suis d'accord avec vous, je n'ai parlé uniquement que des agriculteurs, mais il y a ce problème-là aussi.

Mme la Présidente. - Nous pouvons considérer que la discussion est clôturée.

Un tout grand merci à M. Domb pour son exposé.

 

Confiance au président et au rapporteur

Mme la Présidente. - La confiance est accordée, à l’unanimité des membres, à la présidente et à la rapporteuse pour l’élaboration du rapport.

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